Roland Gori : «Gripper la machine à décerveler»
À l’occasion de la publication de l’ouvrage collectif de l’Appel des appels, Roland Gori revient sur un an de réflexions et d’actions collectives.
dans l’hebdo N° 1085 Acheter ce numéro

Politis : Dans votre ouvrage, intellectuels et professionnels montrent comment les « réformes » actuelles de la justice, de l’université, de l’Éducation nationale, de l’hôpital, etc. ont pour seul et même objectif d’introduire, partout, l’idéologie gestionnaire. Dans quelle mesure Nicolas Sarkozy est-il responsable de ce tournant ?
Roland Gori : Les « réformes » gouvernementales ont exhibé sans état d’âme leur caractère idéologique. On nous demande sans cesse de privilégier l’intérêt économique par rapport à l’intérêt humain : le soin est devenu une « prestation de service », le patient un « client »… Le « sarkoberlusconisme » [selon le terme du philosophe Pierre Musso, cf. Politis n° 1081] a en outre introduit une culture du fait divers qui abolit la durée, l’histoire, le sens, et qui est au final l’ennemie de la pensée. Au nom d’une prétendue « transparence », on nous livre de l’information à outrance, mais jamais on ne prend le temps d’articuler et de hiérarchiser les événements, ce qui empêche tout débat démocratique. Néanmoins, l’élection de Sarkozy (comme d’ailleurs celle de