Les Mantras Du Consentement

Sébastien Fontenelle  • 22 août 2010
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Illustration - Les Mantras Du Consentement

La presse prépare, elle aussi, «la rentrée politique et sociale» , comme on dit chez Barbiche: comprendre qu’on y psalmodie, comme d’hab, et en même temps qu’on y dénonce (éventuellement) le nouveau «tournant sécuritaire» du régime, les mantras du consentement aux vilenies antisociales où se négocie précisément ce tournant – suivant le principe, ancien, du gadez comment qu’on circonvient le délinquant, mâme Dupont, durant même qu’on vous prélève au pouvoir d’achat de quoi préserver plutôt le train de vie de nos pansu(e)s commanditaires (qui le valent bien) .

Pour le dire autrement: la presse, comme d’hab, se fout de nos gueules avec une application qui justifierait, si nous étions moins suaves, que l’on enduisât[^2] de plumes et de goudron ses patrons, puisqu’elle nourrit ainsi les pratiques dont elle déplore ensuite l’effet concret.

Le 27 juillet dernier, Le Monde a publié, par exemple, un sermon du prédicateur Baverez – Nicolas, de son prénom -, d’où ressortait, pour l’essentiel, qu’il fallait, d’urgence, faire ici les mêmes « expériences de désendettement» que celles, «conduites par le Canada ou l’Allemagne» , qui ont déjà si bien montré que « l’effort principal doit porter sur la baisse des dépenses» de l’État, et en particulier – mâme Dupont – sur «la rationnalisation des aides sociales» .

Et voilà que, dans un registre assez voisin, Libération publie ce week-end un entretien avec un certain «Éric Chaney, chef économiste chez Axa» – c’est dire ses compétences -, qui de son côté pense qu’il faut «diminuer les dépenses de l’État, comme cela s’est fait au Canada, en Allemagne» , et qui précise, pour le cas où d’aucuns douteraient qu’il ait bien appris sa leçon: «Je ne vois pas comment on peut s’en sortir si l’État ne se désengage pas à terme de certains domaines, notamment des prestations sociales» .

Bien sûr: le régime, ravi que la presse lui ait ouvert ces avenues, va continuer de mettre des grands coups de hache dans les «aides sociales» , comme il fait depuis tant d’années.

Bien sûr: le régime va continuer, pour détourner l’attention du populo de cet anéantissement «des prestations sociales» , de fabriquer du bouc-émissaire au kilomètre, c’est nous qu’on ferme les hôpitaux, mâme Dupont, mais en même temps notez que c’est nous qu’on boute aussi le Rom, alors faites pas chier.

Bien sûr: la presse, après l’avoir de fait encouragé dans ces menées par de permanentes exhortations à «modifier la structure des interventions publiques» (Baverez), s’offusquera de tant de haine(s).

Les Brits ont pour de tels cas une formule un peu crue, mais dont la concision ravit: fuck them .

All .

[^2]: Ouiiiii? Des remarques?

Publié dans
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Temps de lecture : 3 minutes
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