Grenoble entre deux feux
Deux mois après le discours du 30 juillet, retour dans le quartier qui a servi d’alibi au tournant xénophobe de Nicolas Sarkozy : la vague politique et médiatique s’est retirée en laissant les habitants dans l’amertume.
dans l’hebdo N° 1122 Acheter ce numéro

« Si je peux m’en payer un… » Adossé à un escalier au pied de l’imposante barre d’immeubles qui borde le quartier de la Villeneuve à Grenoble, un jeune homme conclut par ces mots le récit de sa garde à vue. Il est revenu en détail sur son interpellation violente au petit matin, après les deux nuits d’émeutes qui ont opposé des dizaines de jeunes aux forces de l’ordre les 16 et 17 juillet. Il a insisté sur les coups reçus au visage et l’arrivée à l’hôtel de police menotté, caméras de télévision braquées sur lui. Désormais « fiché au grand banditisme » malgré l’absence de charges retenues, il a retrouvé l’ennui des bas d’immeuble, ses rondes en moto et ses angoisses. Il a 18 ans et ne fait plus rien de ses journées depuis deux ans.
Sous la brise clémente du début de l’automne, les pelouses de la Villeneuve conservent leur calme habituel. Quatorze hectares de collines entourant un lac artificiel sont masqués par une ceinture d’immeubles. Une bonne part des Grenoblois ignorent jusqu’à l’existence de cette enclave de verdure en pleine ville. En effet, de l’extérieur, le visiteur ne voit qu’une barre de 50 mètres de haut sur près de 700 mètres de long. Dans ce quartier de 12 000 habitants rendu tristement célèbre par la mort d’un braqueur le