Propaganda
Le Monde (qui serait d’après d’aucun(e)s un, je cite, «journal de référence» ) publie dans son édition du jour, et aux pages dédiées aux actualités de la France, un papier d’un certain Arnaud Leparmentier.
Le Monde prétend que c’est une, je cite encore, «analyse» – mais il s’agit, en réalité, d’un (gros) morceau de propagandoure.
Leparmentier commence par déclarer qu’ «il est des reniements qu’il convient de saluer» .
(Pas tous, hein?
Mais quand même, «des» .)
Ainsi: «Le virage économique de François Mitterrand, en 1983, qui mit fin aux illusions de mai 1981, était indispensable» .
Itou: le virage du communiste «Jacques Chirac, après une élection remportée en 1995 sur la fracture sociale» , fut «salutaire» .
Après avoir de la sorte ovationné la soumission de François Mitterrand aux marchés, puis la soumission de Jacques Chirac aux marchés, Leparmentier peut annoncer au monde l’heureuse nouvelle que Sarkozy «opère discrètement» , ces jours-ci, un virage «de la même veine» (et qu’il convient, par conséquent, de saluer aussi[^2]).
Leparmentier suggère donc là que Sarkozy, dans les premiers temps de son règne présidentiel, avait, comme ses de(ux)vanciers, quelque chose en lui de socialiste[^3].
Dans la vraie vie, pourtant: Sarkozy a toujours été le président des riches.
Mais quand on aime, on ne compte pas, et Leparmentier, manifestement, ne hait point (du tout) le chef de l’État français, qui d’après lui vient, ces jours-ci, de prendre la décision – indispensable et salutaire (et courageuse, il va de soi) – de «revenir sur (ses) choix de l’été 2007, jugés injustes et inefficaces» .
(Noter qu’il ne s’agit que d’un jugement, et qu’il n’engage en rien Leparmentier.)
«M. Sarkozy» , dans le récit que fait Leparmentier, renierait donc les premières années de son règne, marquées du sceau d’un collectivisme passé d’ère, pour briser enfin, nonobstant les conservatismes ambiants et suivant un modèle venu de Berlin ( Deutschland ), «quatre tabous français» .
Premier tabou: «Le niveau des impôts» .
Le niveau des impôts «a fortement baissé outre-Rhin» , où il fait si bon vivre, et, dans son infinie sagesse, «M. Sarkozy» , louons-l’en, veut désormais prendre son inspiration dans l’exemple d’ «une Allemagne qui croit aux efforts continus de compétitivité» pour, quant à lui, «prôner une baisse des dépenses publiques, plutôt qu’une hausse des impôts» (c’est moins immédiatement voyant, mais ça revient au même) – et il n’était que temps, parce qu’enfin, c’est pas (du tout) parce que les riches se gavent qu’on doit s’interdire (au nom d’une idéologie dont chacun(e) sait qu’elle a déjà fait plusieurs centaines de milliards de victimes), de prélever dans le financement de services publics (où les pauvres sont notoirement parasitaires) de quoi maintenir leur train de vie[^4].
Ensuite, «M. Sarkozy» , donnant de fermes coups de ses talonnettes contre un «deuxième tabou» , s’apprêterait, toujours d’après Leparmentier (dont nul(le) ne sait au juste où il prend cette information), à changer « la fiscalité des riches» : l’analyste du Monde suggère là (c’est son côté bolchevisant) que «M. Sarkozy» devrait supprimer le «bouclier fiscal» dont il a nanti la possédance – mais ( mais ) qu’il devrait aussi, et dans le même temps, supprimer «l’impôt sur la fortune» , cette «exception française» (qui donne au cher pays de notre enfance l’air con d’un ilôt de mésolithique dans l’océan so fresh de la modernité libérale).
Ce remplacement d’un cadeau fait aux riches par un autre cadeau fait aux riches mettrait enfin de la justice dans les rapports sociaux (et ça serait vachement bien), estime Leparmentier, car: «Il n’est pas tenable d’affranchir les plus riches de tout effort de solidarité» [^5].
Je répète, pour le cas où tu n’aurais pas bien suivi: l’ «effort de solidarité» que l’analyste Leparmentier demande «aux plus riches» (en même temps qu’il réclame qu’on ampute sans merci le financement des services publics) consiste à cesser de leur imposer la fortune, après qu’on aura supprimé le bouclier qui les aide à mieux supporter qu’on leur impose la fortune.
(Découvrant ces mots, Serge Dassault a dit-on poussé de longs feulements de plaisir.)
Troisième «tabou» à briser: « La TVA sociale» .
En Allemagne (où l’existence est pour de bon si ravissante que les gens d’esprit se désolent désormais de n’être pas nés vers Aschaffenburg), «Angela Merkel» a «augmenté de 3 points la TVA, notamment pour financer la protection sociale» (rien ne vaut décidément le financement du soin du riche par le prélèvement de la menue monnaie du pauvre), et cette idée, s’irrite Leparmentier, fut chez nous «torpillée» par un «socialiste» ( a man called Laurent Fabius), mais (chance inouïe, que «M. Sarkozy» aurait bien tort de ne pas emparer): «Jean-François Copé tente de la ressusciter sous un autre nom, la “TVA anti-délocalisation”» – astucieuse invention orwellienne où le pauvre paie le riche pour qu’icelui ne lui ôte pas tout de suite son emploi (exactement comme Guido le marchand de pizze verse à don Corleone la modique somme hebdomadaire qui l’assure contre la mise à sac de sa retrobottega ), et qui naturellement ravit les adorateurs du racket libéral.
Quatrième tabou à rompre (et vitement): «Le travail» .
De nouveau, l’exemple nous vient, raconte Leparmentier, d’ «outre-Rhin» , où «les Allemands s’en sont sortis en abandonnant les 35 heures et en menant une politique de modération salariale» – et travaillent donc désormais plus, mais pour gagner moins, comme dans les plus folles rêveries de Laurence Parisot.
Leparmentier trouve ça génial, bien sûr: et il regrette évidemment, avec (de nouveau) «Jean-François Copé» (qui n’est manifestement pas son pire ennemi), que chez nous «l’opinion publique» – cette pauvre conne pathétique – ne soit «pas encore mûre pour» la «remise en cause» des 35 heures, mais il reste confiant, et il a bien raison, car il sait (d’une source informée, dont le prénom pourrait par exemple être Jean-François) qu’ «une partie de l’UMP compte s’attaquer de front» à cette survivance des temps rouges.
(Là-dessus, naturellement: Leparmentier mentionne que «la France est bien seule à ne pas avoir relevé l’âge légal de la retraite» (et que tant d’archaïsmes additionnés commencent à briser gravement les couilles des analystes lemondiques), mais que les jours s’approchent enfin où «l’abandon des 60 ans aura été adopté» .)
Le journalisme est une école de la rigueur, petit(e): quand tu mettras un tract UMPatronal dans le journal de BPN^6, précise bien que c’est de l’ «analyse» – on pourrait croire, sinon, que tu t’es oublié(e).
[^2]: Tel est donc bien l’objet, on l’aura saisi, du papier d’Arnaud Leparmentier.
[^3]: Ou de simplement social, mais bon, ne jouons pas sur des mots qui, peu ou prou, désignent tous la promesse d’un même enfer goulagaire.
[^4]: Comme l’a fort bien montré Jacques Attali dans son fameux essai Au cul, les miséreux (BERDitions, mai 2007).
[^5]: Le gars dit pas que c’est pas souhaitable, hein? Mais que c’est pas tenable. Nuance.
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