Une ‘tite devinette …

… pour votre dimanche soir ?

Bernard Langlois  • 12 décembre 2010
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[C’est tiré d’un livre. Il me faut l’auteur et le titre du bouquin.]

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« Je vous ai laissé parler, quoique je connusse à l’avance, tous vos arguments. Ils ne sont pas neufs, s’ils sont déplorables. C’est l’éternel rabâchage qui, tous les jours, s’étale dans une certaine presse bien parisienne, et qui ferait sourire de pitié, s’il n’était au fond triste à pleurer. Vous vous imaginez que l’état moral d’un peuple se mesure au nombre de chicards de vos carnavals et des recettes de vos bals de l’Opéra …

« La France s’ennuie ! Non, elle ne s’ennuie pas. Elle a une façon de s’amuser qui n’est pas la vôtre, voilà tout. Les joies, les plaisirs d’une jeunesse varient de caractère, et suivant son degré de culture intellectuelle. Pour n’être pas toujours aussi bruyants, pour répudier les rites sauvages et grossiers que vous aimez, ils n’en sont pas moins vifs, croyez-le bien. Ils changent d’objet et acquièrent de la noblesse, voilà tout. (…)

« Oui la jeunesse d’aujourd’hui est songeuse et grave, et cela fait pitié à vos gaietés de vieux clown ; cela vient de ce qu’elle réfléchit, et qu’elle trouve son plaisir – un plaisir poignant et généreux – dans l’étude et dans le rêve. Elle n’est pas, non plus la négatrice que vous lui reprochez d’être ; elle cherche d’autres formes sociales, d’autres formes religieuses, d’autres formes artistiques, en rapport avec les conquêtes nouvelles de l’esprit humain, sur la nature éternelle.

« Vous dites encore qu’elle manque d’idéal, cette jeunesse, passionnée de la justice, et toute frémissante de sainte révolte. Oh ! non. Mais son idéal, Dieu merci ! n’est pas le vôtre : il resplendit, à des hauteurs que vous ne sauriez atteindre. S’il ne s’affuble pas du sanglant uniforme des tueurs d’hommes, s’il ne va pas danser des danses sauvages autour des criminels canons, il s’exprime par des œuvres de vie… Les seules qui demeurent, au delà même de la mort…

« Non, voyez-vous, le mal – il n’est pas moderne, et il a toujours existé, plus ou moins intense, plus ou moins désolant, plus ou moins douloureux – c’est éternel conflit qui met aux prises la jeunesse qui marche, et les vieux, comme vous, qui se sont arrêtés sur la route, et qui, protégés par les juges, par les gendarmes, par toutes les forces sociales, gouvernementales, et religieuses, crient au progrès, à la justice, à la pitié, à l’amour, à l’avenir : “ On ne passe pas ! ”  »

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Réponse (dimanche 19 H.) :

Il s’agit bien en effet d’Octave Mirbeau (1848-1917), grand journaliste (progressiste) critique d’art (d’avant-garde) polémiste mordant et écrivain prolixe (nouvelles, romans, pièces de théâtre), il devint célèbre avec Les Affaires sont les affaires , ou Le journal d’une femme de chambre .


Illustration - Une 'tite devinette …

Après avoir connu la gloire de son vivant, Mirbeau, un peu tombé dans l’oubli, doit à quelques fins lettrés, acharnés à le faire re-connaître, de sortir peu à peu du purgatoire.

Je vous avais parlé naguère déjà, dans le bloc-notes, de Pierre Michel (Président-fondateur de la Société Octave Mirbeau et rédacteur en chef des Cahiers Octave Mirbeau). A la tête de toute une équipe de mirbeauphiles et mirbeaulogues, il vient de mener à bien un travail de romain : un Dictionnaire Octave Mirbeau qui paraîtra au printemps prochain à L’Age d’Homme, sous forme d’un pavé de 4 millions de signes pour 751 notices principales et autant d’entrées mineures.

L’ensemble est déjà en ligne, et [^2]. Ne vous en privez pas !

Quant au texte que je vous soumettais en espérant (qu’il “tiendrait” au moins jusqu’à demain, ouiche !), il s’agit bien en effet d’un des 25 Dialogues tristes , parus dans L’Echo de Paris de 1890 à 1892, où ce bourgeois libertaire exprime le dégoût profond que lui inspire la société bourgeoise de l’époque.

[^2]: consultable en accès libre

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Temps de lecture : 4 minutes
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