Ça Porte Pas Un Nom?
Notas-tu, Nicole[^2], combien nos tanceurs de muslims tortillent ces jours-ci des parties basses (comme on dit vers Damas[^3]), et coupent soudain leurs dissertations de plein de précaution(s)?
Nous avons là des personnages qui depuis des années font dans la presse, au nom de la nécessaire-défense-de-la-République-laïcienne, un permanent débat-sur-l’islam, d’où ressort, principalement, qu’il est quand même très douteux, mâme Dupont, que les mahométan(e)s soient pour de bon solubles dans la démocratie, vu que ces gens-là sont de la même communauté qu’Abu Ramadan (cousin caché du fourbe Tariq du même nom), qui depuis les pentus monts du Pakistan fomente un lancer d’avions de ligne dans les tours de Notre-Dame[^4].
Nous avons là des personnages qui n’ont cessé de nous surgaver de l’idée (simple, mais simple) qu’au fond, le débat-sur-l’islam, c’est pas bien compliqué: suffit de bien mesurer qu’en tout(e) musulman(e) un(e) islamiste attend son heure.
(Et ça serait bien, aussi, qu’on puisse maintenant constater sans être embastillé(e) que dès qu’il est plus d’un, le fils d’Allah met de la tension dans le contrat social.)
Mais tout d’un coup, donc: les mêmes, exactement, font mine d’avoir de vives pudeurs, genre, c’est nous qu’on a corbiné sur tous les tons que les mahométan(e)s posaient problème(s), c’est nous qu’on a scandé sans trêve qu’il fallait qu’on en débatte, mais pourrait-on pas faire une pause dans le débat, jusqu’à, disons, dimanche prochain – manière qu’on donne pas non plus trop le sentiment qu’on stigmatise les emburq… Les musulman(e)s?
Un gars comme Claudimbert, éditorialiste à Le Point (qu’il fonda), fut, rappelons-nous, précoce (mais appliqué), dans sa confession qu’il était «un peu islamophobe» .
Rappelons-nous qu’il précisa, du ton bravache du gars qui sait que sa décomplexion ne l’expose guère qu’à l’ovation de ses pair(e)s: «Ça ne me gêne pas de le dire: j’ai le droit de penser que l’islam (je dis bien l’islam, je ne parle même pas de l’islamisme) apporte une certaine débilité qui, en effet, me rend islamophobe» .
Fut-il esseulé, dans ce franc-parler?
Pas complètement.
Christophe Barbier, patron de L’Express , fut de même, rappelons-nous, l’assidu tambourineur de la collision des valeurs de l’Occident contre celles, moins plaisantes à l’oeil, des hordes minarétiques.
Et Fourest, alors?
T’as raison, j’allais oublier Caroline Fourest, qui pourtant fut quelqu’une (sous les hourras de Jean-Louis Debré), dans la vulgarisation de la théorie selon quoi, résume Sadri Khiari: «Les musulmans constituent une espèce d’êtres humains particulièrement réceptifs à l’intégrisme religieux, développant une propension très nette au fanatisme et au despotisme et… à une terrible haine de l’Occident qui explique leur “retard” historique» [^5].
Mais, gade: ces gens font désormais dans la sobriété.
Claudimbert, négligeant qu’il fut moins bridé, redoute à présent qu’un trop désinhibu débat-sur-l’islam ne favorise, pinçons-nous: «L’amalgame de plus en plus“ fantasmé” entre l’islam et l’extrêmisme islamiste» .
Claudimbert (le même, hein, qui revendiquait fièrement qu’il avait le droit, non mais sans déconner, de faire le récit de son islamophobie) narre désormais que, pinçons-nous de nouveau: «La très grande majorité des musulmans français acceptent» la «loi de laïcité» de «notre République» [^6].
Durant ce temps, Barbier?
Durant ce temps, Barbier, dont chacun(e) sait qu’il a de la difficulté à rester plus de quelques jours sans prodiguer vers le régime quelques fiévreux encouragements, juge quant à lui que, bien sûr: «Le débat sur l’islam est nécessaire!»
Mais il ajoute qu’il ne faudrait pas non plus qu’il soit trop «abandonné» dans les mains des vilaines gens «qui pensent qu’à l’occasion il faut que la France en finisse avec l’islam» – aux fielleux prétextes, par exemples, d’un «retour de la menace terroriste» , ou d’une «poussée des fondamentalistes» , ou de «l’échec de l’intégration» , aaah, les sales phobiques, c’est pas chez nous qu’on trouverait tant de fausseté(s), foutre non, mâme Dupont.
Fouuuuuuuuuutre non.
Mâme.
{Dupont.
Et Fourest, alors?
T’as raison: j’allais oublier Caroline Fourest.
Pour ce qui la concerne, c’est pas du tout le moment de faire un débat-sur-l’islam: elle a déjà donné, merci[^7], elle voudrait bien qu’on lui consente ses RTT, merci, repassez vendredi, merci.
(Et d’ailleurs, ils étaient où, «les partisans de ce débat sur l’islam et la laïcité, ces dernières années» , quand elle était seule ou presque à résister à Ben Laden (avec tout de même le renfort de 99,9 % de l’éditocratie, et de Jean-Louis Debré), Caroline Fourest?)
Question: que s’est-il donc passé, pour que les piliers mêmes du permanent débat-sur-l’islam se montrent soudain si tempérés?
La réponse tient dans un nom: Pen.
Si tu prêtes en effet l’oreille aux contributions de la Pen au permanent débat-sur-l’islam, que t’aperçois-tu-ce, rapidement?
Tu t’aperçois-te qu’elle a compris que la grossièreté d’antan, façon Pen de la génération d’avant, l’aiderait moyen, dans sa recherche d’une respectabilité rafraîchie.
Le côté: «Remettons-les dans des bateaux» ?
Les blagues cisteras?
C’est bon pour les meufs de chez Kozy – les affûtées du neurone, genre Brunel und Plataret: la Pen veut du moins directement vulgaire, et ne dit rien, sur le sujet, que n’aient cent fois déjà récité nos journaleux des sommets.
Tu prends n’importe quel récent avis de la Pen sur les musulman(e)s?
Tu constates qu’il pourrait s’agir de n’importe quel éditorial un peu senti du mercredi, ou du jeudi: personne verrait la différence.
Nous avons là des gens dont la Pen redit, mot pour mot, ce qu’ils ont durant dix ans dit, sur les mahométan(e)s: sauvons la République des tues menées barbues.
Forcément: ça leur fait d’autant plus d’émotion qu’ils n’ont pour la plupart cessé, dans le même temps, de faire contre la gauche[^8] du chantage au pénisme – et de bramer que si tu votais contre Giscard en 2005, t’étais comme Pen, et que si t’étais Besancenot ou Mélenchon, t’égalais Pen (comme dans une grotesque rédaction de Philippe Dély ou Renaud Val).
Forcément: ça leur fait tout drôle, quand tout le monde peut tout d’un coup vérifier qu’ils ont pavé de leurs écrits le boulevard où s’avance peinardement la Pen.
Forcément: ça rétropédale en panique, chez papelard(e).
Forcément: ça dit maintenant que les musulman(e)s sont pas si menaçant(e)s qu’on l’a dit, redit, et redit.
Nous avons là des gens qui ont érigé un gros tas de merde, et qui trouvent soudain qu’il pue: ça porte pas un nom?
[^2]: Si tu cherches des calembours de niveau 9, tu m’appelles: j’en ai plein.
[^3]: Plein, te dis-je.
[^4]: Puis, bon: si t’additionnes qu’ils mettent nos femmes sous des rideaux, qu’ils ont planté sur le Sacré-Coeur un minaret d’où leurs foutus muezzins réveillent toutes les nuits les riverain(e)s, qu’ils font leurs cent-vingt prières quotidiennes au milieu du boulevard des Italiens, et qu’ils égorgent des moutons devant chez Quick? Tu comprends facilement, si t’es pas complètement con(ne), qu’entre l’islam et nous, y aurait comme un choc des civilisations, Raymond.
[^5]: Sainte Caroline contre Tariq Ramadan , par Sadri Khiari, La Revanche, 2011.
[^6]: Le Point , 10 mars 2011.
[^7]: Elle a déjà soutenu des «lois difficiles, comme celle qui porte sur le fait de ne pas masquer son visage dans la rue» – et qui, présentée comme ça, n’est donc pas du tout dirigée contre les seules musulmanes, comme on pourrait sottement supposer.
[^8]: La vraie, pas celle qui siège rue de Solférino).
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…
La vie n’est pas un poney club (épisode 16)
La vie n’est pas un poney club (épisode 15)
La vie n’est pas un poney club (épisode 14)




