Le business de la vieillesse

D’ici à 2030, le nombre de personnes dépendantes, aujourd’hui estimé à un million, devrait progresser de 50 %. Pour affronter ce chantier, le gouvernement prépare une réforme de la dépendance. Celle-ci ouvrira grand la porte aux opérateurs privés, tandis que nombre d’industriels flairent déjà le pactole.

Thierry Brun  • 9 juin 2011
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Le business  de la vieillesse
© Photo : Furlong / Getty Images / AFP

La perte d’autonomie des personnes âgées ou handicapées est-elle une affaire sociale ou privée ? Cette question est évitée par nos gouvernants, alors même qu’ils ont décidé de faire de la réforme de la dépendance une priorité. La prise en charge des personnes âgées dépendantes est pourtant une question de société qui va bien au-delà de son seul financement, principal argument invoqué par le gouvernement et le chef de l’État pour justifier une réforme où la protection sociale se retrouvera soumise au marché.

La réforme de la dépendance, comme celle des retraites, s’appuie sur des évaluations démographiques incertaines : dans les vingt prochaines années, le nombre de personnes concernées est annoncé en forte hausse du fait du « papy-boom ». Ce qui entraînerait une croissance des dépenses de protection sociale « insupportable » pour un système déjà en déficit.

L’argument est éculé mais le gouvernement en abuse pendant le simulacre de débat national qui se terminera fin juin. Il s’appuie de plus sur un marché de la dépendance déjà florissant. Il n’est donc pas surprenant que la position de Nicolas Sarkozy soit acquise aux groupes d’assurances et bancaires depuis les premiers jours de son mandat. La réforme ne passera pas par une extension du champ de la Sécurité sociale, mais par le biais d’acteurs privés. Des groupes comme Medica, Korian, Orpea, etc. se partagent un marché en proposant des services ainsi que des lieux d’hébergement divers et variés.

La France est en pointe dans la libéralisation des services aux personnes dépendantes et constitue l’un des deux principaux marchés mondiaux avec les États-Unis. La plupart des rapports sur le sujet se font l’écho des bienfaits de ce marché encouragé par la Commission européenne dans la nouvelle stratégie pour 2020. Les groupes attendent de ce secteur un taux de rentabilité qui dépasse facilement les 25 %. La perte d’autonomie s’affirme donc comme une affaire privée qui se détourne de la solidarité et laisse sur le bord de la route les plus précaires.

Société
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