Histoire d’un mot

L’altermondialiste Bernard Cassen revient sur l’origine du terme « démondialisation ».

Bernard Cassen  • 7 juillet 2011 abonné·es

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désignait la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des forums sociaux mondiaux (FSM), « Un autre monde est possible » , repris de l’association Attac (créée en juin 1998), qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article du Monde diplomatique de mai 1998. Il était intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les FSM, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999. « Altermondialisme » a succédé à « antimondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux Tina ( There is no alternative ) de Margaret Thatcher.

En janvier 2008, la revue Utopie critique et l’association Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et même gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le sommet de Cochabamba convoqué par le président bolivien, Evo Morales, en 2010 en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.

Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique à la faveur de la campagne présidentielle : celui de « démondialisation ». Il est porté par au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, la Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation , préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des FSM, dans son livre publié en 2002, Deglobalization : Ideas for a New World Economy . En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », mais qui, à l’époque, n’avait pas pris pied dans le débat public. Les mots aussi doivent attendre leur heure. Et celle
de la démondialisation est venue…

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DSK, y en a marre !
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