Faut-il chiffrer les programmes ?
Pour Jean Gadrey, le chiffrage des projets politiques ne permet pas l’essentiel : une définition qualitative des enjeux. Selon Olivier Ferrand, c’est au contraire un outil pour élever la qualité du débat politique,
à condition bien sûr d’une méthode rigoureuse.
dans l’hebdo N° 1186 Acheter ce numéro
Économiste, professeur émérite à l’université Lille-I, auteur de Adieu à la croissance (Les petits matins/Alternatives économiques, nouvelle édition 2012).
Pour un avocat des « nouveaux indicateurs de richesse », le débat public exige certains chiffres. Mais bien des « chiffrages » actuels correspondent non pas à l’intérêt général mais à des formes de domination des peuples. Au-delà de la surabondance (trop de chiffres tuent le sens), la grande question est celle de la démocratie des chiffres. On pourrait paraphraser Marx : les chiffrages dominants sont ceux des classes dominantes. Nous avons besoin de chiffres citoyens insérés dans des « audits citoyens » tels que ceux qui se déroulent actuellement à propos des dettes publiques.
D’abord, un chiffrage n’a de sens et d’intérêt que s’il est pertinent au regard d’une définition qualitative des enjeux. La qualification (légitime) prime sur la quantification et peut seule dire s’il y a besoin de chiffres et lesquels. Un ratio de dette publique de x % du PIB peut être bon ou néfaste en fonction de critères qualitatifs (justice fiscale,