Le « grand oral » des candidats devant les assos

Samedi 10 mars, cinq candidats à la présidentielle intervenaient devant le secteur associatif. Hormis quelques annonces intéressantes, ils se sont montrés assez peu connaisseurs d’un milieu pourtant indispensable en temps de crise.

Pauline Graulle  • 12 mars 2012
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Le « grand oral » des candidats  devant les assos

Illustration - Le « grand oral » des candidats  devant les assos

Les ateliers Christofle, à quelques encablures du stade de France à Saint-Denis (93). Plusieurs centaines d’acteurs associatifs se sont réunis dans l’ancienne manufacture d’orfèvrerie, samedi 10 mars, pour écouter cinq candidats à la présidentielle dérouler leur vision du secteur. François Bayrou, François Hollande, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et… Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du président-candidat. « Nicolas Sarkozy était déjà absent de ce même événement il y a cinq ans. Mais sinon, les candidats ont joué le jeu » , a remarqué Béatrice Delpech, déléguée générale de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) qui organisait la journée.

Le service civique, sujet clivant à gauche

Programme du jour : l’engagement, le financement, et le dialogue entre l’Etat et la société civile. Sur ce dernier point, tous les candidats ont rappelé l’importance du secteur associatif comme vivier démocratique et vecteur de cohésion sociale, même la porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui, quelques semaines plus tôt à Annecy, s’en prenait pourtant aux « corps intermédiaires » qui « font écran entre le peuple et le gouvernement » .

Sur le premier thème (encourager l’engagement des citoyens), tous les candidats, là encore, ont promis des améliorations dans la reconnaissance du bénévolat. Mélenchon, Hollande ou Bayrou proposant la prise en compte du bénévolat dans la validation des acquis de l’expérience.

Le service civique, présenté comme un simple moyen d’insertion des élèves « décrocheurs » par Nathalie Kosciusko-Morizet, est apparu comme un sujet clivant au sein de la gauche : une « arnaque pour créer un contrat d’intérimaire de plus » qui serait supprimée si Jean-Luc Mélenchon accédait au pouvoir. Au contraire, François Hollande le renforcerait pour y faire accéder 100 000 jeunes (contre 25 000 aujourd’hui) tandis qu’Eva Joly porterait l’indemnisation à 650 euros (contre 457 euros actuellement).

Adieu la « circulaire Fillon » ?

Sans surprise, le financement des associations a été le sujet le plus épineux de la rencontre. Et pour cause : le collectif des associations citoyennes, qui lance une campagne « Pour un printemps des associations citoyennes » à partir du 1er avril, rappelle que les subventions de l’Etat ont baissé en moyenne de 35 % sous le mandat de Nicolas Sarkozy, tandis que les associations ont perdu 26 000 emplois en 2010.

Sous les huées, Nathalie Kosciusko-Morizet a affirmé qu’ « il n’y a pas de désengagement de l’Etat », priant les associations françaises d’aller voir de plus près ce que vivaient… leurs homologues grecques ! « Toutes les promesses d’augmentation de postes, d’augmentation de financement… Aucune de ces promesses ne sera honorée » , a sombrement prophétisé François Bayrou pour qui l’économie sociale et solidaire est néanmoins « un des points vitaux du modèle de société qui est en train de naître » .

François Hollande s’est engagé à « sécuriser » et « stabiliser » le financement des associations. Comme Joly, Bayrou et Mélenchon, il a annoncé qu’il faudrait « revoir » la « circulaire Fillon » qui instaure l’appel d’offres comme mode privilégié de financement public des associations. Mélenchon a, de même, réfuté l’idée de « mettre en concurrence Bouygues et une régie de quartier » ce qui aurait pour effet de transformer insidieusement les associations « en entreprises capitalistes » . Seule Nathalie Kosciusko-Morizet est restée sur les positions de la circulaire : « A partir du moment où les associations sont en concurrence, on les mets en responsabilité, du coup, elles ne sont pas critiquables » , a-t-elle fait valoir, dans un beau syllogisme, avant de fustiger « le système opaque » où « on s’organise entre soi » .

À droite comme à gauche, la fiscalité sur les dons permettant au contribuable donateur de réduire de ses impôts les deux tiers du montant de son don (voire les trois quart, pour les personnes assujetties à l’ISF) a fait consensus : « C’est une niche fiscale mais avec une utilité sociale » , a estimé Eva Joly qui propose « d’encourager la générosité par des campagnes et des spots de pub » .

« Encore du boulot… »

Bilan de ce grand oral ? En demi-teinte pour Didier Minot, du collectif des associations citoyennes : « On voit pointer des réponses, mais le niveau de précision reste limité » , a-t-il estimé. Selon lui, « c’est François Hollande qui s’en est le mieux sorti du point de vue des dirigeants associatifs : il a dit ce qu’il fallait dire. Du point de vue de la masse des associations, Jean-Luc Mélenchon s’est montré plus convaincant : il a posé les bonnes questions, mais de manière assez abrupte » .

« Pour aucun des candidats, le tissu associatif n’est un sujet fondamental… Il y a encore du boulot » , a déploré Edith Arnoult-Brill, vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental, qui n’a toutefois pas caché sa préférence pour le candidat socialiste. Personne ne s’est en effet aventuré sur le terrain d’une définition de l’intérêt général ou ne s’est risqué à prendre position sur la recomposition du paysage entre le public et privé. Des questions pourtant essentielles à l’avenir.

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