Le PS joue les VRP envers les abstentionnistes

Le Parti socialiste lance une opération de porte-à-porte ciblée de grande ampleur pour faire voter les « abstentionnistes de gauche ». Explications.

Erwan Manac'h  • 13 mars 2012
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Le PS joue les VRP envers les abstentionnistes
© Photos : [captures d'écran](http://toushollande.fr/sur-le-terrain/)

Illustration - Le PS joue les VRP envers les abstentionnistes

« Les électeurs qui ne croient plus en la politique, on ne les touchera jamais** avec des éléments de langage ou en passant par les médias traditionnels* , estime Arthur Muller. Il faut qu’ils voient des gens en direct. » Pour séduire les déçus de la politique, le Parti socialiste s’est offert les services de trois têtes grises militantes qui mettent au point depuis deux ans une méthode de porte-à-porte à l’usage des militants. À l’approche de la présidentielle, des équipes de volontaires ont été constituées pour cibler ces circonscriptions abandonnées et les poches d’« abstentionnistes de gauche » repérées lors des précédents scrutin. Cible prioritaire : les quartiers populaires qui votent majoritairement à gauche et connaissent des taux d’abstention parfois supérieurs aux trois quarts.

D’après une expérimentation menée lors des élections régionales en 2010 par Arthur Muller, Guillaume Liegey et Vincent Pons, les trois cerveaux de l’opération, le porte-à-porte permet de convaincre 1 abstentionniste sur 14, « contre 1 sur 100 000 pour le tractage » , précise Arthur Muller. « Ce ratio descend même à 1 sur 7 pour les personnes nées à l’étranger ou Outre-Mer » .

Depuis deux ans, ces trois jeunes gens qui se sont rencontrés aux États-Unis travaillent à la transposition en France d’une méthode qui avait fait ses preuves avec Barack Obama en 2008. 4500 « mobilisateurs » ont été formés par 130 « formateurs ». Ils sont chargés de recruter, former et coordonner 150 000 volontaires qui partent frapper aux portes de particulier. Les clefs ? « Saluer, s’identifier très clairement, donner des informations très pratiques comme la date du scrutin et surtout rester dans le dialogue , explique Guillaume Liegey. Il ne sert à rien de connaître par cœur des argumentaires très détaillés » . « Il faut être capable d’exprimer sa conviction personnelle » , estime aussi Arthur Muller.

Comportementalisme

« Si elles sont menées avec toute la science de la « théorie de l’engagement », ces techniques peuvent amener des résultats bien supérieurs à 1 sur 14 [^2] , considère de son côté Jean-Léon Beauvois, psychologue et auteur du best-seller « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens ». Il suffit d’obtenir de la cible des petits comportements qui l’engage vers ce qu’on cherche à obtenir : ouvrir la porte pour commencer, signer une pétition, puis prendre quelques minutes pour lire un court texte… Ce sont des méthodes « comportementalistes », efficaces pour le marketing comme en politique ou dans la religion, depuis bien longtemps. Pendant des décennies il y avait en France un « anti-comportementalisme ». Il fallait que la pensée politique soit « pure » et que « chacun se fasse son opinion ». Ce n’est pas plus mal qu’on retrouve aujourd’hui les vieilles méthodes. »

Illustration - Le PS joue les VRP envers les abstentionnistes

65 000 portes ont déjà été frappées, selon les informations qui remontent sur la plateforme informatique où la liste des bureaux de vote prioritaires va être publiée. Mais le chiffre pourrait être au moins deux fois supérieur en réalité, estime Arthur Muller, car l’équipe de campagne a encore du mal à centraliser les informations. « Les militants ont l’habitude de faire du porte-à-porte, mais ils ne sont pas habitués à s’inscrire dans une approche systématique et une logique nationale. C’est un peu le choc des cultures » , s’amuse Vincent Feltesse, maire de Blanquefort (Gironde) et responsable de la campagne internet pour François Hollande.

Le dispositif doit tourner à plein régime à partir du 17 mars, trois jours avant le début de la campagne officielle et de l’égalité du temps de parole (le 20 mars). « C’est pendant les cing dernières semaines de l’élection que le porte-à-porte est vraiment efficace » , explique Arthur Muller. L’objectif affiché : cinq millions de « portes frappées ».

[^2]: Jean-Léon Beauvois prend notamment l’exemple d’une expérimentation concernant la méthode dite du « pied dans la porte ». En demandant à des particuliers d’installer dans leur jardin des panneaux publicitaires de 2m sur 3, le taux de réussite était de 16 % lorsque la demande était formulée directement. Avec une première demande moins contraignante – la pose d’une petite affiche dans la voiture individuelle – en guise de « pied dans la porte », le taux de satisfaction final grimpait à 72%.

Politique
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