Jean-Pierre Filiu : « La question sociale sera déterminante »
Historien et arabisant, Jean-Pierre Filiu veut inscrire l’étape actuelle des révolutions arabes dans le temps long de l’histoire.
dans l’hebdo N° 1209 Acheter ce numéro
Plus d’un an après le début des révolutions arabes, les situations apparaissent très différentes d’un pays à l’autre, mais, selon Jean-Pierre Filiu, elles se rejoignent toutes dans une volonté populaire très forte et irréversible de refonder le contrat social.
Où en sont les révolutions arabes ? Peut-on parler de contre-révolution ou simplement d’une évolution chaotique ?
Jean-Pierre Filiu : Je n’ai jamais utilisé le terme de « printemps », ni d’« automne », et j’ai toujours placé cette révolution dans un temps long, celui de la renaissance arabe, séquence de plus de deux siècles. Nous sommes au milieu de la deuxième année d’un processus qui prendra peut-être dix ans, voire une génération. En Tunisie, on assiste à une transition constitutionnelle relativement volontariste et structurée. Le pays est aujourd’hui à la veille de produire le texte fondateur de la Deuxième République tunisienne. En Égypte, ce qui techniquement était un coup d’État lors du renversement de Moubarak produit sous nos yeux toute sa logique militaire. Mais le peuple égyptien n’est pas dupe. À l’occasion des dernières élections, où la participation a été la