Désinformation et complotisme

La désinformation orchestrée par Damas s’appuie sur ces zones d’ombre pour renvoyer dos à dos la répression et la révolution. Mais rien de tout cela ne doit faire oublier le peuple syrien.

Denis Sieffert  • 23 mai 2013
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Il faut absolument lire la Rage et la Lumière, de Paolo Dall’Oglio (éd. de l’Atelier). Ce prêtre italien, installé depuis  1980 en Syrie, d’où il a été expulsé en juin 2012, nous livre un témoignage terrifiant sur la révolution syrienne. Tout est là : les premières manifestations, les premières tortures contre des enfants, la férocité de la répression. Puis ces jeunes qui désertent l’armée pour ne pas avoir à tirer sur leurs concitoyens, et qui prennent les armes « pour défendre les manifestations pacifiques ». À force de récits comme celui-ci, de témoignages de réfugiés, nous savons tout. Nous savons les tortures et les bombes d’un régime qui n’hésite pas à anéantir des villages et des quartiers entiers. Nous savons tout du rapport de force écrasant en faveur du régime que la Russie continue d’approvisionner en missiles. Et, en même temps, nous ne savons rien de maints événements locaux dans lesquels il est évident qu’une certaine opposition a pris sa part d’exactions. La désinformation orchestrée par Damas s’appuie sur ces zones d’ombre pour renvoyer dos à dos la répression et la révolution, l’armée et le peuple. Cette désinformation, qui sévit sur quelques sites qui font commerce de la théorie du complot, s’alimente aussi de facteurs bien réels : la place particulière de la Syrie dans la géopolitique régionale, le bellicisme d’un gouvernement israélien qui ne rêve que de guerre contre l’Iran et le Hezbollah libanais, et l’armement des jihadistes par le Qatar et l’Arabie saoudite. Mais, outre qu’il n’est pas certain qu’Israël et les États-Unis aient envie de voir tomber la Syrie dans l’escarcelle islamiste, rien de tout cela ne doit faire oublier le peuple syrien.

Temps de lecture : 2 minutes
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