« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.

Pierre Jacquemain  • 4 mai 2026
Partager :
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon, lors de la campagne des élections européennes, à Paris, en mai 2024.
© Michel Soudais

Jean-Luc Mélenchon a donc tranché : il sera candidat à la présidentielle 2027. Une décision qui, au-delà de sa logique personnelle, agit comme un révélateur brutal des impasses stratégiques de la gauche française. Car ce qui se joue ici n’est pas seulement une candidature de plus, mais l’échec, au moins provisoire, d’une promesse politique : celle du passage de relais.

Il est devenu, qu’on le veuille ou non, une figure clivante.

Il faut reconnaître à Mélenchon un mérite rare dans l’histoire récente de la gauche : avoir tenté de refonder une matrice idéologique de rupture, capable d’agréger au-delà des appareils, de redonner un horizon à une gauche dévastée par le quinquennat Hollande. Il a aussi su faire émerger une nouvelle génération politique, structurée, formée, aguerrie – de Manuel Bompard à Mathilde Panot, de Clémence Guetté à David Guiraud et Bally Bagayoko. Cette génération n’est pas un accident : elle est le produit d’une stratégie consciente.

Sur le même sujet : Jean-Luc Mélenchon : « Nous sommes les plus forts à gauche »

C’est précisément pour cela que sa décision interroge. Car préparer une relève n’a de sens que si l’on accepte, à un moment donné, de s’effacer. « Faites mieux », disait-il. Beaucoup l’ont pris au mot. Beaucoup ont cru que cette phrase engageait autre chose qu’une simple exhortation rhétorique : une véritable transition. Or, en se représentant, Mélenchon réinstalle une centralité qui, aujourd’hui, pose problème. Non pas uniquement à droite – ce qui est attendu – mais à gauche elle-même. Il est devenu, qu’on le veuille ou non, une figure clivante.

Le paradoxe est là : celui qui a contribué à reconstruire une dynamique unitaire devient aujourd’hui un obstacle potentiel à son élargissement.

Et ce clivage ne relève pas seulement de la conflictualité de la gauche et des écologistes. Certaines de ses prises de position, ambiguës ou mal maîtrisées, ont nourri des polémiques lourdes, notamment sur la question de l’antisémitisme. Ce qui importe aujourd’hui, c’est l’effet politique de ses postures : une fragilisation du socle moral et symbolique sur lequel la gauche prétend s’appuyer. Dans un contexte où l’extrême droite prospère précisément sur ces fractures, cette situation est intenable.

Contradictions

Le paradoxe est là : celui qui a contribué à reconstruire une dynamique unitaire – de la Nupes au Nouveau Front populaire – devient aujourd’hui un obstacle potentiel à son élargissement. Car une partie de la gauche se définit désormais contre lui, et non plus à partir d’un projet. Et lorsqu’un camp politique se structure en opposition interne plutôt qu’autour d’une perspective commune, il se condamne à l’impuissance. Face à cela, l’autre pôle de la gauche n’offre pas d’alternative crédible.

Sur le même sujet : Dosier : Primaire à gauche, un cap pas si clair

La social-démocratie reste prisonnière de ses propres contradictions, incapable de tirer un bilan lucide du passé, et prompte à reproduire des candidatures sans souffle ni incarnation populaire. Elle aussi refuse, dans les faits, toute dynamique réellement démocratique de désignation. C’est là que se situe le nœud du problème : la méthode. Une primaire de toute la gauche, fondée sur un projet clair de transformation sociale, écologique et démocratique, pourrait constituer une issue. Non pas un compromis mou, mais une confrontation ouverte, assumée, entre lignes politiques – tranchée par le peuple lui-même. Mais ni Mélenchon ni les sociaux-démocrates ne semblent prêts à s’y résoudre.

Une génération est prête. Elle ne demande ni permission ni adoubement, mais un cadre démocratique à la hauteur de ses ambitions.

Chacun préfère conserver son espace, son appareil, sa légitimité propre. Le résultat est une fragmentation organisée, qui ouvre un boulevard à l’extrême droite. Nous sommes donc à un moment de vérité. Soit la gauche accepte de se réinventer profondément, dans ses pratiques, ses incarnations, ses modes de décision, soit elle se condamne à regarder, impuissante, l’accession de l’extrême droite au pouvoir en 2027. Une génération est prête. Elle ne demande ni permission ni adoubement, mais un cadre démocratique à la hauteur de ses ambitions. « Faites mieux » : cette injonction ne peut rester un slogan. Elle doit devenir une exigence politique concrète.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don