Créer, c’est faire œuvre de responsabilité
La liberté d’expression ne saurait être absolue ni s’affranchir du contexte social, géographique et historique. Quelles limites éthiques aux œuvres et aux écrits ?
dans l’hebdo N° 1337 Acheter ce numéro

Déprogrammer. C’est la décision qu’a prise le 16 janvier (avant de faire machine arrière), le maire UMP de Villiers-sur-Marne à propos du film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Une belle fiction qui montre la réalité de l’occupation et la mise en coupe réglée par des jihadistes d’un village à quelques encablures de Tombouctou. Étrangement, Jacques-Alain Bénisti, l’édile de cette commune, a pensé que le film pouvait « faire l’apologie du terrorisme ». C’est évidemment tout le contraire, puisque l’œuvre du cinéaste mauritanien présente des combattants intégristes au Mali « aussi redoutables que ridicules », comme l’écrivait ici récemment Christophe Kantcheff.
À la suite du tollé provoqué par sa décision, le maire a décidé de reprogrammer le film. Ne souhaitant pas polémiquer avec l’élu, Abderrahmane Sissako, interrogé par France Inter, a préféré commenter la une du premier numéro de Charlie Hebdo après la tuerie, portant une caricature du prophète : « Je trouve cela dommage ; le moment n’est pas à la surenchère, il faut avoir du respect pour tous. » Tout artiste, tout écrivain, tout journaliste, ne devrait-il donc pas s’interroger sur la responsabilité morale, éthique, du message dont il est l’auteur, dans le contexte dans lequel il sera reçu ? Peut-il considérer sa liberté d’expression ou de création si absolue qu’il puisse s’affranchir de précautions ? La défense parfois revancharde de la liberté d’expression telle qu’on l’entend depuis l’odieux attentat contre Charlie Hebdo ne prend-elle pas des dimensions dangereuses pour cette liberté d’expression même ? Un autre rétropédalage a eu lieu ces derniers jours, de nature très différente toutefois. La revue des jésuites, Études, a mis en ligne, au lendemain de l’attentat contre Charlie, quelques-unes des fameuses caricatures sur son site Internet. Une « réaction à chaud », expliquait la rédaction dans un petit billet collectif en marge des dessins, « pour manifester notre
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