Semianyki Express : Wagons fumants

La nouvelle création des Semianyki est toujours aussi fantaisiste mais encore un peu verte.

Gilles Costaz  • 10 juin 2015 abonné·es
Semianyki Express : Wagons fumants
© **Semianyki Express** Théâtre du Rond-Point, Paris VIIIe. Tél. : 01 44 95 98 21. Jusqu’au 5 juillet. Puis en tournée à la rentrée. Photo : Giovanni Cittadini Cesi

Quelle dynamite circo-théâtrale que cette Famille livrée à travers le monde par les Semianyki à partir de 2005 ! Le spectacle de ces clowns modernes – loin de l’Auguste et du clown blanc de la tradition : quand le nez est rouge, ce n’est pas un accessoire comique mais bien le signe d’un alcoolisme avancé – ne respectait rien, ni les conventions sociales ni la tranquillité du public (passablement bousculé). C’était un massacre de la famille et de ses idéaux à la tronçonneuse burlesque. Un nouveau souffle dans l’insolence qui a influencé bien des troupes, comme, en France, la bande des Chiche Capon. Après dix ans de triomphe, l’équipe russe change de thème et propose Semianyki Express, une comédie gestuelle et sonore autour de l’univers ferroviaire. Un train s’installe sur scène – en fait, une toile peinte où s’alignent les fenêtres des compartiments. Au cœur du train, il y a le wagon-restaurant, où se déroule une grande partie de l’action. Un contrôleur essaie de vérifier les allées et venues, mais tout échappe à ce fonctionnaire courbé, gris et lunaire. Le barman boit comme un moujik et voit apparaître une sirène derrière son zinc, les passagers se cherchent, la vamp a un grand appétit de conquêtes, une danseuse traverse le couloir avec son tutu trop large et sans renoncer à sa démarche sur pointes. On descend régulièrement du train pour que, sur le sol gelé, les acteurs s’adonnent à une délirante préparation culinaire ou à une hilarante danse en patins à glace…

Mais voilà, très jeune, trop vert, ce spectacle n’est pas prêt. Il a la poésie des voyages de comédiens esseulés à travers la Russie et il détaille des personnages qui ont tous leurs particularités ridicules et craquantes. Mais, si Yana Toumina (qui supervise ce collectif) a fait une belle mise en place, il reste beaucoup d’idées, de situations, de relations à creuser. Par exemple, les rencontres un peu folles dans les sas des wagons gagneraient à aller plus loin dans le trouble érotique. Un peu d’épaisseur et d’ambiguïté ici et là rendrait plus fascinants ces paumés de la taïga, ces égarés du chemin de fer. Ce n’est qu’un début, continuez le travail !

Théâtre
Temps de lecture : 2 minutes