Un contre-plan pour l’emploi
Solidarité inter-entreprises, plan de relance écologique et sociale, renforcement des droits du salarié… Ces alternatives ont fait la preuve de leur efficacité.
dans l’hebdo N° 1395 Acheter ce numéro

Il existe une autre voie – bien moins clivante et mortifère que le plan proposé par le gouvernement – pour sortir par le haut des défis posés au marché du travail : révolution numérique, concurrence mondialisée… Cette alternative impose d’échapper aux carcans libéraux et de cesser de voir la protection sociale comme un frein à l’activité économique. Tour d’horizon de ce qui composerait cette autre réforme du droit du travail.
La solidarité plutôt que la flexibilitéSelon l’idée maîtresse du projet de loi El Khomri, la flexibilisation du travail inciterait les employeurs à embaucher. Autrement dit, permettre aux entreprises de licencier plus facilement ferait baisser le chômage. Plusieurs études ont pourtant prouvé qu’il n’existe aucune corrélation entre flexibilité et taux d’emploi [^1]. Au contraire, la « protection de l’emploi » réduit « la réactivité face aux chocs ». Un code du travail protecteur amortit donc l’effet des crises. « La France aurait dû compter 200 000 chômeurs de plus, compte tenu de la sévérité du ralentissement économique », rappellent ainsi vingt-quatre économistes signataires d’une tribune dans Le Monde du 10 mars.
Même observation en Allemagne, où le niveau de protection du CDI est supérieur à la France. « Les entreprises du secteur industriel, les premières touchées par la chute des exportations, ont misé sur la réduction négociée du temps de travail et le recours massif au chômage partiel pour conserver leur main-d’œuvre », observe Anne Eydoux, chercheuse au Centre d’études de l’emploi.
Le recours au chômage partiel en temps de crise est également un pilier du système de flexi-sécurité danois ou canadien, notamment défendu par Pierre Larrouturou (lire p. 23). Traditionnellement, la gauche française se méfie de la flexi-sécurité, qui cache souvent une volonté d’accentuer la dérégulation du travail. Pour pallier les difficultés conjoncturelles, l’économiste Guillaume Etiévant, secrétaire national du Parti de gauche, préfère l’idée