Étienne Balibar : « Nous avons besoin d’un contre-populisme »

Pour notre deuxième grand entretien de cette rentrée, le philosophe Étienne Balibar observe les nouvelles mobilisations à gauche et analyse les crises qui lacèrent l’Union européenne.

Olivier Doubre  • 7 septembre 2016 abonné·es
Étienne Balibar : « Nous avons besoin d’un contre-populisme »
© Photo : Ulf Andersen/Aurimages/AFP

Professeur émérite de philosophie politique à l’université Paris-Ouest-Nanterre, Étienne Balibar emplissait ses cartons de livres lorsque nous l’avons rencontré, à la veille de son départ pour New York, où il enseignera, comme chaque année, un semestre à l’université Columbia. « Même s’il y a tout dans les bibliothèques américaines, je préfère emporter les miens », sourit-il.

Formé par son « maître » Louis Althusser, comme il se plaît à le rappeler, l’auteur de La Proposition de l’égaliberté (PUF, 2010) seconda celui-ci dans la rédaction du célèbre Lire le Capital, ouvrage collectif (écrit, entre autres, avec Jacques Rancière et Pierre Macherey) qui révolutionna en 1965 l’analyse marxiste du capitalisme post-fordiste. Après la mobilisation contre la loi travail et l’instrumentalisation de la laïcité par la droite et un certain centre-gauche réactionnaire, le philosophe livre ici son analyse des grands enjeux politiques hexagonaux et européens.

Cette année a été marquée par les mobilisations contre la loi travail, qui ont vu émerger de nouveaux mouvements, notamment Nuit debout. Cela constitue-t-il, selon vous, un espoir à gauche ?

Étienne Balibar : Je crois que le bilan est contrasté. Il y a par définition quelque chose d’extrêmement positif dans le fait qu’entre en scène une nouvelle génération de citoyens et de militants, jeunes pour la plupart et dont beaucoup participaient sans doute pour la première fois à un mouvement collectif de cette ampleur. Ils le font sans doute avec des sentiments très forts (et justifiés) de méfiance, voire de dégoût, vis-à-vis de certaines formes classiques de la mobilisation politique, y compris à gauche. Mais aussi avec un désir affirmé d’exprimer et de faire valoir eux-mêmes leur projet et leurs revendications.

Ce mouvement fait partie de ce que l’on rassemble conventionnellement sous le terme de « démocratie directe », qui est pour moi une catégorie fondamentalement positive. D’autant plus que le système politique dans lequel nous vivons est en train de crever. Les raisons sont multiples, mais sa dégénérescence s’accélère à une vitesse extraordinaire. Parmi ces raisons, il y a évidemment une conjoncture très -défavorable à la démocratie, mais aussi l’aveuglement de la classe politique (y compris chez ses membres qui ne sont pas corrompus ou malhonnêtes) quant aux symptômes de cette crise. Pour autant, la démocratie représentative ne se limite pas à la démocratie directe [^1]. Je crois que nous sommes dans une conjoncture que certains appellent «

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