Syndicaliste blessé à l’œil : deux vidéos pointent la responsabilité des CRS

Le syndicat Solidaires a dénoncé, lors d'une conférence de presse, les violences policières en manifestations, dont a notamment été victime l'un de ses militants, Laurent Theron, le 15 septembre.

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« Laurent Theron va mieux, mais il a définitivement perdu l’usage de son œil. » Membre de la fédération Sud santé sociaux, Nicolas Guez donne des nouvelles du syndicaliste blessé à l’issue de la manifestation contre la loi travail, organisée par l’intersyndicale jeudi 15 septembre. Père de deux enfants, ce secrétaire médical de Créteil est toujours hospitalisé. « Il devrait bientôt sortir, mais cela dépendra de la date de sa prochaine opération », continue Nicolas Guez, assurant que « Laurent reste tout de même combatif. » Et s'il a accepté de médiatiser son cas, c'est parce qu'il « a décidé de ne rien lâcher ».

Rédigé dans le cadre de l’enquête ouverte par l’IGPN, « la police des polices », le certificat médical atteste d’une « perte de la vision irréversible ». L’homme souffre d’un éclatement du globe oculaire et de différentes fractures. Dans les prochains jours, une nouvelle opération devrait être réalisée pour « réparer » son œil, même s’il ne verra plus.

Lors de son audition, samedi 17 septembre, Laurent Theron a d’ailleurs porté plainte pour violence volontaire par personnes dépositaires de l’État, probablement après avoir été « été touché par un jet de grenade de désencerclement », ajoute son avocat, Me Julien Pignon.

© Politis

Ce dernier, accompagné par le syndicat Solidaires, a décidé d'entamer des recherches afin de comprendre ce qui s’est passé sur la place de la République le 15 septembre. Peu après son arrivée, à l’issue de la manifestation, Laurent Théron reçoit au visage un morceau de grenade lancée par les forces de l’ordre. Une charge qui serait survenue sans sommation audible par les manifestants présents sur place. C’est en tout cas ce qu’affirme Éric Beynel, porte-parole de Solidaires, qui explique avoir recueilli une « trentaine de témoignages concordants entre des personnes qui ne se connaissent pas ».

Afin de confirmer le récit rapporté par les témoins, le syndicat visionne deux vidéos. Dans la première, on voit une foule clairsemée et sans agressivité. Pourtant, les CRS chargent et tirent en direction de Laurent Theron, qui tombe à terre. Sur les images, on aperçoit un « jet » de lumière, comme le nomme Éric Beynel, puis de la fumée. Quelques secondes après, les manifestants entourent la personne au sol.

Dans une deuxième vidéo, filmée de l'autre côté de la place, la victime apparaît plus nettement. Sur une place toujours calme, les CRS tirent. Sur les genoux, la tête entre les mains, son sang s'écoulant sur le bitume, Laurent Theron est à terre. Là encore, les images montrent des manifestants qui l'entourent et appellent au secours les streets médics. Un réflexe acquis tout au long des différentes manifestations contre la loi travail, lors desquelles les opposants ont pris l'habitude de s'interposer entre les forces de l’ordre et les victimes. L'objectif : éviter que toute nouvelle charge ne vienne blesser la personne déjà atteinte.

D’après ces images, il est clair pour le syndicat qu'il y a eu un usage disproportionné de la force, sans distinction, ce qui risquait de blesser plusieurs personnes. Après avoir constaté au cours des mobilisations contre la loi travail de nombreuses dérives et non respect des règles dans l'usage de la force, les syndicalistes annoncent préparer une saisine du Défenseur des droits. Elle portera « sur la manière dont les forces de l'ordre ont été mobilisées pendant les manifestations anti-loi travail », indique Éric Beynel qui s'interroge sur le rôle du gouvernement et sur les directives reçues par les CRS.

Par ailleurs, le porte-parole de Solidaires souligne l’interminable attente de Laurent Theron sur la place de la République. Prié par les forces de l’ordre de rester « dans un coin », l’homme patiente près d’une heure avant de monter dans le camion des pompiers. Il mettra dix minutes encore à partir, le temps qu'un CRS, déjà présent dans le véhicule, se fasse soigner. Un manquement difficilement compréhensible d’après l’avocat de Laurent Theron, pour qui « les forces de l’ordre n’ont visiblement pas agi avec l’urgence nécessaire, alors qu’une blessure à la tête peut se révéler mortelle ».

À lire >> Les dérives du maintien de l'ordre : le devoir de rapporter

Mercredi 10 juin, certains députés avaient d’ailleurs présenté, lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux de l’Assemblée nationale, un rapport sur les dérives du maintien de l’ordre à l’occasion des manifestations contre la loi travail. Confiée à quatre correspondants du journal en ligne Reporterre, cette Mission civile d’information visait à retranscrire les observations de terrain des journalistes, installés dans les villes de Nantes, Rennes, Paris et Toulouse. Elle avait pour but de montrer l'étendue de ces pratiques, grâce à de nombreux témoignages de manifestants, de policiers ou de syndicalistes. Un rapport qui invitait alors à l’émergence d’un débat public concernant les violences policières et les débordements du maintien de l’ordre mettant en danger les autres manifestants.


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