Cambadélis fait le ménage dans sa primaire

Le comité d’organisation de la primaire du PS sort trois candidats au prétexte que leurs partis ne sont pas membres de la Belle alliance populaire, mais le patron du parti somme Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon d’y participer. Comprenne qui pourra.

Michel Soudais  • 8 décembre 2016
Partager :
Cambadélis fait le ménage dans sa primaire
© Photo: Jean-Christophe Cambadélis à la tribune de la convention nationale de la BAP, le 3 décembre (Michel Soudais).

Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Bastien Faudot (MRC) et Sébastien Nadot (MdP) avaient décidé ces derniers jours de rejoindre la primaire organisée par le PS, sous l’égide de la Belle alliance populaire (BAP). Ils viennent de se faire claquer la porte au nez. Et brutalement.

C’est la primaire de la BAP, a poursuivi le patron du PS. Hier, le comité national d’organisation a pris un certain nombre de décisions que je soutiens. On ne peut pas accepter Nouvelle Donne et M. Larrouturou, le MRC de Bastien Faudot, ni le MdP de Sébastien Nadot, pour une raison toute simple c’est que leur candidature, que nous remercions, se fait dans un cadre un peu précipité et leur désir de souscrire à la BAP est, pour nous, un petit peu tardif. Et donc le périmètre restera celui que nous avons fixé.

« La primaire de la gauche, c’est pas open bar », a lancé Jean-Christophe Cambadélis en introduction d’un rapide point de presse :

En milieu de matinée, Pierre Larrouturou, joint par téléphone, n’avait pas été averti de cette décision censée avoir été prise hier.

Jean-Christophe Cambadélis a ensuite invité « la gauche du PS à réduire un peu son offre » :

Le patron du PS a avancé deux raisons pour justifier cet élagage, qui semble tout droit dicté par la volonté de dégager le terrain pour Manuel Valls et faire en sorte que la primaire ne tourne pas au référendum contre lui :

  1. « Faire en sorte que la primaire soit lisible par les électeurs de gauche. »

  2. « Il faut mettre de l’ordre si on veut que Messieurs Macron et Mélenchon puisse en être. »

Quatre candidats pour une même ligne politique [Montebourg, Hamon, Lienemann, Filoche, NDLR], ça fait un peu beaucoup ; et si nous voulons qu’il y ait de la clarté dans les débats, il est nécessaire que tout le monde ne se présente pas.

Obliger ces deux-là à rejoindre sa primaire, et à en accepter la règle, que M. Cambadélis a encore rappelé – « On se rassemblera avec celui qui gagnera » – en reprochant à Marie-Noëlle Lienemann ses propos sur Manuel Valls, est depuis quelques jours l’unique obsession de la direction du PS qui a opéré un virage à 180°. Dans une vidéo qui figurait encore ce week-end sur la page d’accueil du site de sa primaire, M. Cambadélis expliquait que ce scrutin n’était pas destiné aux électeurs qui « participent […] à l’orientation de Jean-Luc Mélenchon, voire du Parti communiste ».

À lire >> Primaire du PS : tous les électeurs de gauche ne sont pas les bienvenus

Jean-Christophe Cambadélis a ensuite annoncé avoir « envoyé une lettre à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour leur demander de rejoindre » sa primaire. « Dès qu’il auront reçu cette missive, je demanderai qu’il y ait un débat entre Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et moi-même, devant l’opinion de gauche, pour échanger les arguments sur leur participation ou pas à la primaire. » À ses yeux, « ce débat essentiel pour le rassemblement de la gauche ne peut pas se faire en catimini à travers les débats médiatiques ».

Que le PS cherche à faire rentrer à toutes forces dans sa primaire deux candidats qui ne sont pas membres de la BAP au moment même où il en exclut ceux qui n’en sont pas membres, est cocasse. Cette farce prouve, si l’on en doutait, que cette « primaire citoyenne » est propriété du PS et qu’il entend bien en choisir les candidats.

D’ailleurs, interrogé sur une éventuelle participation de Sylvia Pinel (PRG), M. Cambadélis n’y voit « pas de problème ». Certes le PRG s’est mis « en retrait » de la BAP depuis la fin du printemps. Mais, argue le patron du PS, elle en est « membre fondatrice donc toujours membre ». La dialectique solférinienne fait des miracles.

Politique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le « système » Le Pen : ce qu’il faut savoir du procès du FN-RN en appel
Justice 18 janvier 2026 abonné·es

Le « système » Le Pen : ce qu’il faut savoir du procès du FN-RN en appel

Soupçonnés d’avoir fait financer des emplois du parti avec des fonds du Parlement européen, plusieurs cadres du RN rejouent leur avenir judiciaire en appel. L’audience, ouverte le 13 janvier 2026, remet notamment en jeu les condamnations prononcées en mars 2025 et l’éventuelle inéligibilité de Marine Le Pen pour 2027.
Par Maxime Sirvins
En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers
Enquête 15 janvier 2026

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers

Cyrille Déchenoix, patron de Drop Intérim, fait campagne pour la mairie de Saint-Astier, en Dordogne. Pourtant cet ancien de l’UMP, déjà condamné deux fois pour prise illégale d’intérêt, est de nouveau visé par une procédure judiciaire. Cette fois, pour emploi de travailleurs sans papiers.
Par Pierre Jequier-Zalc
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Budget 14 janvier 2026 abonné·es

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.
Par Lucas Sarafian
Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »
Entretien 13 janvier 2026 abonné·es

Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »

Le spécialiste de l’extrême droite Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof, relativise l’impact politique du procès. Et estime que la possible accession de Bardella comme candidat ne provoquerait pas de guerre au sein du parti.
Par Lucas Sarafian et Maxime Sirvins