Jean-Luc Mélenchon, animal politique

La journaliste Marion Lagardère tente, dans un essai réussi, de percer la personnalité du candidat de la France insoumise.

Pauline Graulle  • 3 février 2017
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Jean-Luc Mélenchon, animal politique
© Photo : Joël SAGET / AFP

Ça aurait pu ressembler à un panégyrique de Jean-Luc Mélenchon, mais non. Une fois refermé le livre de Marion Lagardère, c’est un personnage complexe qui reste en tête. Mégalo, parano, schizo, mystique – quand il s’agit de politique. Mais aussi intello, sensible, attachant, intègre. Incapable, en tout cas, de « faire semblant » – une qualité autant qu’un sacré handicap dans le monde politique actuel…

Le bouquin s’appelle Il est comment Mélenchon, en vrai ? Pas sûr pour autant que l’auteure donne vraiment de réponse dans ces 230 pages publiées le 1er février chez Grasset. Le résultat est un curieux ouvrage, qui n’aurait rien à voir avec un livre politique si son personnage principal ne parlait de politique comme il respire…

Il s’agit plutôt d’un portrait sensible. De raconter la relation qui se forme, au gré de cinq années de rencontres régulières – généralement dans des brasseries du Xe arrondissement de Paris, où Mélenchon habite – entre une jeune journaliste, envoyée par France Inter suivre la campagne du candidat du Front de gauche en 2012, et un homme politique dont on connaît les relations pour le moins conflictuelles avec les médias. Aux questions acidulées, et souvent finaudes, de la première, le second répond toujours avec sérieux, voire grandiloquence. Qu’il s’agisse de la cuisine du quinoa ou de l’erreur du traité de Maastricht, de Star Wars ou de sa fascination pour « le vieux » (Mitterrand), l’interviewé donne toujours du « Madame », et du « quoi ».

Du conflit pour générer des interrogations

On n’apprend, au fond, pas grand-chose. Rien sur l’enfance de ce pudique personnage. Peu sur son parcours et ses influences politiques. On comprend en revanche que la personnalité du bonhomme et ses idées ne font qu’un. Que l’une détermine les autres – et inversement.

Est-ce ainsi pour justifier ses coups de sang que Mélenchon affirme qu’il « exprime une colère politique » ? « Le mélenchonisme, c’est mettre du conflit partout pour générer des interrogations », estime Marion Lagardère qui note fort justement que « ses tentatives pour afficher un semblant de flegme sont souvent plus caricaturales que ses grosses gueulantes ».

Ce qui fait courir ce grand anxieux – agoraphobe, arachnophobe et… caféïnomane –, c’est la peur de la mort, la fascination pour la République (et ses avatars parfois proches du ridicule), et cette conviction, apparue visiblement sur le tard, que seule la révolution pourra sortir le pays de l’impasse. Chez lui, même Marx est « obsessionnel », écrit ainsi Marion Lagardère.

« J’aime la baston, c’est ça qui me perdra », lâche, à un moment, le candidat de la France insoumise. À croire que Mélenchon sait que son plus gros problème n’est peut-être ni le PS, ni les médias, mais… lui-même.

© Politis
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