De quoi se mêle François Hollande ?

Incapable de se représenter devant les électeurs, le chef de l’État s’immisce dans la campagne via Le Point. Avec quelle légitimité ?

Michel Soudais  • 13 avril 2017
Partager :
De quoi se mêle François Hollande ?
© photo : Julien Mattia / NurPhoto / AFP

Un tantinet désœuvré depuis qu’il a renoncé à se représenter, François Hollande a longuement reçu Franz-Olivier Giesbert, samedi dernier. De leur conversation à bâtons rompus que Le Point nous vend présomptueusement comme « L’entretien testament », deux passages ont opportunément été transmis dès lundi à quelques confrères par l’hebdomadaire du milliardaire François Pinault.

Dans l’un, le Président sorti (de la campagne) s’en prend à Jean-Luc Mélenchon, en des termes identiques à la violente charge lancée ces derniers jours par la droite et la « macronie » : « Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte », explique le préretraité de l’Élysée, visant les « délires » du candidat de la France insoumise. Comme si les centaines de milliers de partisans de ce dernier n’avaient pas pris connaissance de son programme (en librairie depuis début décembre) et n’étaient que des groupies. Les meetings de Mélenchon sont pourtant les seuls où les gens ne scandent pas le nom de leur candidat, et ne crient pas comme dans les stades « On va gagner » à tout bout de champ.

À lire aussi >> Mélenchon : Et s’il arrivait au second tour ?

L’autre passage était assez doucereux pour Emmanuel Macron :

Quand [il] est venu me dire qu’il voulait lancer un mouvement, je ne l’ai pas découragé. Je considère que la politique a besoin de renouvellement et il n’y avait pas de raison de s’opposer à sa tentative. Son pari d’être candidat m’a ensuite paru pour le moins audacieux.

Sa stratégie ayant « donné des résultats » en raison d’« un concours de circonstances », le futur « ex » conseille à celui qui apparaît bien comme son préféré d’« affirmer encore un contenu ».

Au-delà de ses passages, l’ensemble de l’entretien, en kiosque depuis ce jeudi, nous donne surtout à voir un Président convaincu d’avoir « redressé l’économie française » au point qu’il n’y a, selon lui, « presque plus » de « sites sinistrés » par « des catastrophes industrielles ». Persuadé d’avoir obtenu une « renégociation » du pacte budgétaire européen ou qu’il n’y a eu « que deux 49.3 ». À ce niveau de mauvaise foi, on n’est pas surpris de le voir rendre Martine Aubry responsable de l’existence de « frondeurs » dans sa majorité : en 2012, alors qu’il n’était « plus premier secrétaire du PS », rappelle-t-il ainsi, « il y a eu trop de choix discutables d’investitures de candidats socialistes ».

Mais l’information la plus stupéfiante est ce qu’il raconte de son attitude face à la primaire. Il juge celle-ci « totalement antinomique de la fonction présidentielle », étant « impossible d’être président et en même temps candidat à une primaire ». Et s’il avait donné son accord, c’est parce qu’il « pensai[t] qu’il n’y en aurait pas parce qu’elle n’avait pas lieu d’être » (sic). Un double discours avoué donc, bien dans les habitudes du personnage, mais qui cette fois lui aura été fatal. Ce qui ne l’empêche pas de donner des leçons…

Politique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Entretien • 15 octobre 2026

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »

Raphaël Glucksmann est sorti large vainqueur de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique ». Conséquence, le Parti socialiste n’aura pas de candidat propre pour la présidentielle 2027. Le résultat divise déjà au sein de la formation. Une situation dont le premier secrétaire, Olivier Faure, sort affaibli.
Par Névil Gagnepain
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Analyse • 15 octobre 2026 abonné·es

Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient

1 500 communistes ont annoncé le 14 octobre leur ralliement à la candidature du leader insoumis. En parallèle, la victoire de Raphaël Glucksmann lors de la primaire socialiste provoque des remous chez les militants de gauche et semble acter une bipartition de la campagne. 
Par Névil Gagnepain
Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture
Politique • 12 octobre 2026 abonné·es

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture

Le candidat Renaissance et de La France insoumise à la présidentielle ont respectivement tenu meeting à Lyon samedi 10 octobre et près de Clermont-Ferrand dimanche 11, sur fond de mobilisation lycéenne. Alors que l’ancien Premier ministre défend une ligne fondée sur l’autorité et les devoirs, le leader insoumis dénonce le bilan éducatif des gouvernements macronistes.
Par William Jean et Névil Gagnepain
Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 libéré

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain