De quoi se mêle François Hollande ?

Incapable de se représenter devant les électeurs, le chef de l’État s’immisce dans la campagne via Le Point. Avec quelle légitimité ?

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Un tantinet désœuvré depuis qu’il a renoncé à se représenter, François Hollande a longuement reçu Franz-Olivier Giesbert, samedi dernier. De leur conversation à bâtons rompus que Le Point nous vend présomptueusement comme « L’entretien testament », deux passages ont opportunément été transmis dès lundi à quelques confrères par l’hebdomadaire du milliardaire François Pinault.

Dans l’un, le Président sorti (de la campagne) s’en prend à Jean-Luc Mélenchon, en des termes identiques à la violente charge lancée ces derniers jours par la droite et la « macronie » : « Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte », explique le préretraité de l’Élysée, visant les « délires » du candidat de la France insoumise. Comme si les centaines de milliers de partisans de ce dernier n’avaient pas pris connaissance de son programme (en librairie depuis début décembre) et n’étaient que des groupies. Les meetings de Mélenchon sont pourtant les seuls où les gens ne scandent pas le nom de leur candidat, et ne crient pas comme dans les stades « On va gagner » à tout bout de champ.

À lire aussi >> Mélenchon : Et s’il arrivait au second tour ?

L’autre passage était assez doucereux pour Emmanuel Macron :

Quand [il] est venu me dire qu’il voulait lancer un mouvement, je ne l’ai pas découragé. Je considère que la politique a besoin de renouvellement et il n’y avait pas de raison de s’opposer à sa tentative. Son pari d’être candidat m’a ensuite paru pour le moins audacieux.

Sa stratégie ayant « donné des résultats » en raison d’« un concours de circonstances », le futur « ex » conseille à celui qui apparaît bien comme son préféré d’« affirmer encore un contenu ».

Au-delà de ses passages, l’ensemble de l’entretien, en kiosque depuis ce jeudi, nous donne surtout à voir un Président convaincu d’avoir « redressé l’économie française » au point qu’il n’y a, selon lui, « presque plus » de « sites sinistrés » par « des catastrophes industrielles ». Persuadé d’avoir obtenu une « renégociation » du pacte budgétaire européen ou qu’il n’y a eu « que deux 49.3 ». À ce niveau de mauvaise foi, on n’est pas surpris de le voir rendre Martine Aubry responsable de l’existence de « frondeurs » dans sa majorité : en 2012, alors qu’il n’était « plus premier secrétaire du PS », rappelle-t-il ainsi, « il y a eu trop de choix discutables d’investitures de candidats socialistes ».

Mais l’information la plus stupéfiante est ce qu’il raconte de son attitude face à la primaire. Il juge celle-ci « totalement antinomique de la fonction présidentielle », étant « impossible d’être président et en même temps candidat à une primaire ». Et s’il avait donné son accord, c’est parce qu’il « pensai[t] qu’il n’y en aurait pas parce qu’elle n’avait pas lieu d’être » (sic). Un double discours avoué donc, bien dans les habitudes du personnage, mais qui cette fois lui aura été fatal. Ce qui ne l’empêche pas de donner des leçons…


Haut de page

Voir aussi

Articles récents