Le « c’est moi ou la guerre » de Mélenchon à Marseille

Dans la cité phocéenne, le candidat de la France insoumise s’est fait grave pour expliquer que la guerre est à venir, et se présenter comme « le candidat de la paix ».

Pauline Graulle  • 9 avril 2017
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Le « c’est moi ou la guerre » de Mélenchon à Marseille
© Photo : Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Un temps magnifique et une foule joyeuse sur la Canebière. Jean-Luc Mélenchon n’a, pour une fois, pas cherché à séduire son auditoire en consacrant une heure de l’un de ses plus importants discours de campagne à la guerre. Alors qu’au même instant, l’Iran et la Russie menaçaient les Etats-Unis de représailles s’ils bombardaient à nouveau des positions syriennes, le candidat de la France insoumise avait la tête des mauvais jours. Très ému à sa montée sur scène, il a contemplé, les larmes aux yeux, les 70 000 spectateurs venus l’acclamer, un rameau d’olivier à la boutonnière. Symbole de la Méditerranée, mais aussi de « l’olivier de la paix ».

Imposant une minute de silence pour tous les migrants morts dans la « bonne mer », ce « cimetière où 30 000 [personnes] ont disparu dans les flots », il a intimé, glaçant : « Ecoutez, c’est le silence de la mort. » Devant une foule atone, il a ensuite averti de cette « menace d’une guerre généralisée » qui « avance ».

La guerre en Syrie, d’abord, qui cache derrière la religion des volontés « de s’accaparer les matières premières ». « Les voyous armés jusqu’aux dents n’ont jamais fait rien d’autre que d’avancer sur les pipelines et les gazoducs », a-t-il déclaré, renvoyant dos à dos les Russes et les Américains. Seules trouvent grâce à ses yeux « ces femmes kurdes à Kobané », a-t-il ajouté, appelant à faire signer et respecter la convention d’interdiction des armes chimiques, non ratifiée par l’Égypte ou Israël, signée par les États-Unis sans que ces derniers aient encore détruits leurs stocks.

Retrouvant un adversaire bien identifiable, la foule, un peu décontenancée par la complexité et l’aridité d’un discours tout en sous-entendus, a copieusement hué le président des États-Unis qui « a décidé, sans consulter rien ni personne, d’intervenir sans aucun mandat de l’ONU [en Syrie, NDLR]. Cette intervention ne fera qu’aggraver les tensions et les surenchères guerrières ». Donald Trump, « dénoncé la semaine dernière comme un fou sexiste et raciste, devient tout d’un coup le chevalier blanc de leur cause pourrie », a poursuivi le candidat qui veut sortir de l’Otan, « cette alliance militaire, avant toute chose fauteur de troubles et de guerres dans le monde ».

Du Prado à la Canebière…

Mélenchon, ou « le chemin de la paix » face à ces aventuriers bellicistes. « Si vous voulez la paix, ne vous trompez pas de bulletin de vote », a-t-il lancé, estimant qu’on l’aurait mal compris quant à ses positions sur la Russie, « parce que je propose de parler, de négocier, de faire de la diplomatie plutôt que des guerres, sachant que toutes ces violences n’ont jamais réglé aucun problème ». Réitérant sa proposition de mise en place d’une « conférence sur l’intangibilité des frontières », que d’aucuns lui reprochent d’être un cadeau à Poutine, qui a annexé la Crimée en mars 2014, il a explicité que revoir les frontières permettrait par exemple « à l’État palestinien de voir le jour », aux Wallons de quitter les Flamands, aux Écossais de quitter le Royaume-Uni ou aux Irlandais de se réunifier : « Toutes ces frontières bousculées nécessitent qu’on en parle au calme », a-t-il justifié.

On était loin, cet après-midi, du discours plein d’optimiste que Jean-Luc Mélenchon avait prononcé, en 2012, sur la plage du Prado. Alors, on entendait les « youyous » dans les rangs des 100 000 personnes qui s’étaient déplacées. Mélenchon y vantait la « chance » du métissage, et y pourfendait « l’idée morbide et paranoïaque du choc des civilisations ».

Sans renier la belle idée du multiculturalisme (« Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée. Et tous les enfants sont mes enfants », a-t-il lancé) qui, apparemment, lui avait fait perdre tant de points dans les sondages, il s’est fait beaucoup plus sombre, en dépit d’une deuxième partie de discours sur ses solutions pour la paix. « La paix est centrale dans le programme que je présente […] La planification écologique nous soustrait aux guerres pour le pétrole. »

Puis d’enchaîner sur « la guerre que l’on fait aux pauvres ». La « productivité » (huées), la « flexibilité » (huées), la « compétitivité » (huées) imposées par « les nantis, les puissants, les importants » (huées), « la caste dorée de parasites incapables, inutiles ». Et la foule d’entonner : « Dégagez ! Dégagez ! »

Pacificateur en fin de discours, il a cité les vers habités du poète grec, Yanis Ritsos : « Quand tu dis mon frère,  »demain nous construirons » […] c’est la paix. Mes frères, mes sœurs, donnez-vous la main, c’est la paix. » Message entendu sur la place faisant face au Vieux-Port qui, une fois presque vidée, continuait d’accueillir quelques danseurs vibrionnants sur la musique de C2C, pour une dernière danse sous le soleil.

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