Solidarité : des ONG penchent pour Mélenchon

ActionAid, CCFD-Terre solidaire, Oxfam et le Secours catholique ont mené un comparatif « pour une France solidaire » des programmes présidentiels. Celui de la France insoumise l’emporte haut la main.

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Carton plein pour Jean-Luc Mélenchon. ActionAid, CCFD-Terre solitaire, Oxfam et le Secours catholique ont comparé les programmes des candidats à la présidentielle, à l’aune des 15 propositions pour une France solidaire que les associations avaient formulées en novembre 2016. Résultat : le programme du leader de la France insoumise est le plus proche des recommandations des ONG, en se montrant plus complet et plus précis que ses concurrents.

Un bon point qui fait écho à celui d’Amnesty International. L’association a elle aussi procédé à une analyse des programmes. Elle montre que le candidat est celui le plus en phase avec ses mesures « dans le domaine de la protection de la vie privée et de la révision des lois adoptées dans le cadre de la lutte antiterroriste ».

Le comparatif pour une France solidaire se veut un « outil de décryptage » proposé aux citoyens. Il se fonde uniquement sur les programmes, et non sur les déclarations publiques que les candidats ont pu faire après l’envoi des 15 propositions des ONG. En plus de reprendre leurs mesures, les associations ont mis en place un système de notation simple, allant du rouge au vert, en passant par l’orange, le jaune et le gris ; la couleur orange signifie qu’une partie minime du programme est en accord avec les propositions des ONG, et le jaune, que plusieurs mesures vont dans le bon sens. Le gris traduit quant à lui l’absence de mesures correspondant aux recommandations. Enfin, une appréciation est donnée concernant les mesures des candidats au sujet de la solidarité internationale.

9 propositions des ONG sur 15

Le programme de Jean-Luc Mélenchon reprend 9 propositions des ONG sur 15, et va parfois même au-delà, ce qui fait de lui le candidat le plus proche des enjeux d’une « France Solidaire ». En plus de ce score, trois propositions sont de couleur jaune, une est orange, montrant qu’elle est imprécise, et deux sont grises. En tout, 14 mesures sur 15 sont donc positives, selon les associations.

Les quatre ONG expliquent ainsi :

Le programme de Jean-Luc Mélenchon propose de nombreuses mesures pertinentes, notamment sur le partage des richesses, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, la promotion de la justice climatique et de la souveraineté alimentaire ainsi que le respect des droits humains en France et dans les pays du sud

Au sujet de la solidarité internationale, les associations rappellent les priorités du leader insoumis : maintien de la paix, coopération avec les pays de l’espace méditerranéen et les BRICS, création d’une nouvelle alliance altermondialiste, renforcement de l’ONU et participation des ONG dans l’Aide pour le développement (APD).

Hamon moins précis que Mélenchon

Si le candidat socialiste arrive second de ce classement du programme le plus solidaire, il reste toutefois loin derrière Mélenchon. Benoît Hamon récolte en effet seulement quatre propositions en accord avec celles des ONG. Quatre autres sont de couleur jaune, soit bonnes mais plutôt insuffisantes. Enfin, sur les quinze recommandations des associations, Hamon reste silencieux sur sept d’entre elles. Ce qui pousse les ONG à souligner que son programme « manque de mesures concrètes, spécifiquement sur le financement de l’adaptation aux dérèglements climatiques, l’arrêt du soutien aux politiques d’agrocarburants industriels et la régulation des multinationales ».

Par exemple, s’agissant de la justice fiscale, Mélenchon propose des mesures plus précises que son concurrent socialiste : « D'un côté [le renforcement] de la taxation du capital, l'ISF et la progressivité de l'impôt sur le revenu et [la réduction de] la TVA sur les produits de première nécessité de l'autre. »

Sur plusieurs points, le programme de la France insoumise répond aux exigences des associations, alors que celui de Benoît Hamon n’en dit mot. Sur la fin des agrocarburants, Mélenchon reprend les demandes des associations, et « va même plus loin puisque, au-delà de l'abandon des objectifs d'incorporation, il propose à terme une interdiction pure et simple des agrocarburants ». Même constat pour la régulation des multinationales, où le silence socialiste contraste avec l’encadrement avancé par Mélenchon, porté par la taxe sur les transactions financières ou le plafonnement des dividendes des actionnaires.

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Si les deux candidats ont une « vision solidaire » de la politique migratoire, quelques différences sont à noter : Benoît Hamon se démarque ainsi par la mise en place d’un visa humanitaire et de la modification des accords de Dublin. Deux mesures que ne propose pas Mélenchon, même si lui, contrairement à son concurrent, remet en cause l’accord entre la Turquie et l’Union européenne.

Macron, Fillon, Le Pen : la solidarité mise de côté

Ces trois candidats n’ont aucune mesure pleinement en phase avec les recommandations des ONG, et ont des propositions qui vont à l’encontre des valeurs de solidarité portées par les associations.

Le programme du candidat d’En Marche ! « ne propose pas de mesures fiscales permettant de lutter contre les inégalité » et « manque de mesures concrètes » sur la régulation de la finance et des multinationales, ainsi que sur les enjeux climatiques. Il reste bien flou en matière de justice fiscale, et la régulation du secteur financier est totalement absente de son « contrat avec la nation ». L’ancien ministre de l’Économie propose deux mesures « rouges » : l’absence d’encadrement des multinationales dans les pays dits « en développement » et l’externalisation de la politique migratoire aux frontières de l’Europe.

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Entre François Fillon et Marine le Pen, difficile de savoir lequel est le moins solidaire. Le programme du premier est celui qui comporte le plus de notes « rouges » (6 sur 15), lorsque celui de la seconde a le record d’absence de solidarité : 10 notes grises. Leurs deux programmes vont « à l’encontre » des demandes des ONG sur la politique migratoire. Si celui de la candidate du FN « contient des éléments remettant en question les droits humains, universels, via l’affirmation de la priorité nationale », celui du candidat Les Républicains ne propose pas de mesures pour la régulation de la finance. Les deux n’ont aucun intérêt pour les enjeux climatiques. Pour les associations, « le-la futur-e Président-e de la République française aura la responsabilité d'amorcer la nécessaire transition, vers une France plus juste et solidaire ». Une transition que certains envisagent donc plus que d’autres.


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