Premier ministre : du « renouvellement » à la « recomposition »

Michel Soudais  • 17 mai 2017
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Premier ministre : du « renouvellement » à la « recomposition »
photo : Irina Kalashnikova / Sputnik

La nomination d’Édouard Philippe à Matignon n’a pas eu tout à fait l’effet de surprise annoncé. Même si jusqu’au dernier moment le nouveau Président n’a rien laissé filtrer sur le choix de son Premier ministre, le nom du député-maire du Havre figurait depuis deux jours déjà en tête des favoris pour le poste. À 46 ans, ce germanophone, marié et père de trois enfants, est peu connu du grand public. En cela, il colle bien à la promesse de « renouvellement » de la vie politique sur laquelle Emmanuel Macron a bâti sa victoire et construit le succès de son mouvement En marche !

Son profil de carrière ne détonne pas non plus avec ceux dont s’entoure le successeur de François Hollande : Sciences Po, classement dans la botte à l’ENA lui permettant d’intégrer en 1997 le Conseil d’État, qu’il quitte en 2004 pour devenir avocat dans un cabinet anglo-saxon, avant de rejoindre Areva comme directeur des affaires publiques – un poste de lobbyiste qui le rend suspect aux yeux des écologistes. Il quitte cette fonction en 2010 quand le chiraquien Antoine Rufenacht (UMP) lui confie les clés de la mairie du Havre.

Député maire, il a privilégié sa ville plutôt que l’Assemblée, où il ne s’est pas montré très actif. Depuis son élection en 2012, on ne recense que dix interventions en séance, et guère plus en commission des lois. Ce n’est donc pas pour cette expérience parlementaire – elle devra être « forte », disait le candidat – que le chef de l’État l’a choisi. Bien plutôt pour son appartenance politique. Significativement, Emmanuel Macron à Berlin, comme son Premier ministre sur TF1, lundi, ne parlaient plus de « renouvellement » mais de « recomposition politique » dont le gouvernement, qui devait être présenté mercredi, sera l’emblème.

Élu de la galaxie juppéiste, Édouard Philippe, qui a milité deux ans dans sa jeunesse pour Michel Rocard, a rejoint en 2002 le maire de Bordeaux à la création de l’UMP – il en a été le premier directeur général – et ne l’a plus quitté jusqu’à sa défaite aux primaires. Il se présente comme « un homme de droite », ce qui ne l’empêche pas de se définir comme « beaucoup plus libéral qu’Alain Juppé » ; il se dit attaché à la liberté économique et en même temps aux libertés publiques. Raison pour laquelle il a voté contre la loi sur le renseignement. Il s’est toutefois abstenu sur le mariage pour tous et a voté contre les textes sur l’égalité femme/homme, les lois sur la transparence de la vie politique, la loi sur la transition énergétique, le compte pénibilité, le tiers payant… Des choix fort peu progressistes.

Les échos
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