General Electric, le fiasco industriel redouble d'intensité

Les salariés grenoblois qui luttent pour préserver 345 emplois dans leur usine tentent d'obtenir un soutien de l'État. Le même jour, le groupe annonce un nouveau plan social au niveau mondial à hauteur de 24 000 emplois supprimés.

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Ce 13 novembre, à Bercy, c'est la troisième fois que les salariés de GE Hydro de Grenoble rencontrent le cabinet de Benjamin Griveaux. « Nous demandons à l'État de faire pression sur quelque chose qui nous dépasse au niveau local », explique Thibault Chalot, élu CFDT. L'usine de turbines hydrauliques, basée à Grenoble, a été rachetée avec la branche énergie d'Alstom en 2014 par General Electric. À la fin de l'été, les salariés avaient réussi à obtenir une couverture médiatique après que le groupe avait annoncé la suppression de 345 emplois sur 800, la perte d'un savoir-faire unique en France et crucial pour la transition énergétique.

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Les énergies renouvelables, un secteur sans avenir ?

Les cinq élus de l'intersyndicale (CFE-CGC, CFDT, CGT) entrent dans le ministère de l'Économie et des Finances. Une cinquantaine de salariés de Grenoble, mais aussi d'EDF venus en soutien, attendent dehors. Derrière la banderole, on discute en fumant. On fustige Nicolas Hulot aussi. « Il a refusé de nous recevoir sous prétexte que l'on n'appartenait pas à son domaine d'activité, peste Jean-Baptiste, designer de turbine. Il faudra qu'il m'explique pour mener une politique écologique sans moyens dans l'hydraulique. En plus, on est en plein COP 23... »

Le secteur, particulièrement important dans le contexte de transition écologique, donne 14 % de l’énergie électrique en France, davantage que les secteurs du solaire et de l’éolien. « Pourtant, on n'a pas de perspective d'avenir, lance Armelle, qui travaille au secteur des finances. Il suffisait de voir Yves Rannou la semaine dernière... » Mercredi 8 novembre, le PDG France de GE s'était présenté devant les salariés grenoblois, « pathétique » selon les mots de ces derniers. « Il n'a formulé que des non-réponses, siffle Adrien, designer lui aussi. Il nous a parlé de futur et de confiance sans nous donner le moindre élément de réponse. » Selon eux, des nombreux employés non concernés par le plan social annoncé il y a quatre mois pensent à démissionner, « faute de confiance ».

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Une « nouvelle cure d'austérité »

Vers 16h, une dépêche de l'Agence France Presse tombe : General Electric annonce recentrer ses activités. Au mégaphone, Jean-Baptiste Vena, salarié de la logistique, commence la lecture. Le groupe annonce « une nouvelle cure d'austérité comprenant des milliers de suppressions d'emplois, mais GE n'a pas donné le nombre d'emplois affectés ni les régions concernées ». Le texte précise que « la branche GE Power, qui comprend Alstom, va connaître une grande refonte pour faire face aux évolutions du marché de l'énergie ». Les salariés soufflent : « Et voilà … C'était prévisible. ».

Déçus, mais peu surpris, ils font face. « On a l'air malin maintenant à se battre pour sauver 345 emplois. Au final, c'est 500 postes qu'ils vont finir par supprimer », ironise l'un d'eux. À côté, Claude Villani, secrétaire CGT, tire sur sa cigarette. « On s'en doutait un peu, maintenant on ne peut rien faire d'autre qu'attendre les détails. Ils ont parlé de 24 000 postes supprimés et de la branche énergie. Après Grenoble, ils font un plan social dans l'hydraulique au niveau mondial. »

« On ne sait plus comment on s'appelle... »

Pourtant, lors du rachat d'Alstom en 2014, GE s'était engagé à ne pas délocaliser et à créer 1 000 emplois, un souvenir qui pique. « Ils nous avaient dit qu'ils ne toucheraient pas à la recherche, fulmine Jean-Baptiste Vena. Et les voici qui annoncent la suppression de 24 000 emplois dans la recherche et le numérique. Mais bon, rassurons-nous : la rémunération des dirigeants sera liée à la performance de l'entreprise et de l'action », conclut-il avec un sourire ironique.

Les salariés reprennent leurs banderoles et pancartes, en surveillant les portes du ministère. Les élus ne devraient pas tarder à arriver : la concertation était prévue de 15 heures à 17 heures. La nuit commence à tomber, mais qu'importe, les Grenoblois se réchauffent en sautant et en chantant « Antisocial » de Trust, sous les regards amusés ou surpris des fonctionnaires qui sortent. Le mégaphone hurle « Ici c'est ... » les salariés scandent tour à tour « Neyrpic », « Alstom », « General Electric ». « On s'est fait tellement vendre et racheter, on ne sait même plus comment on s'appelle... »

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Dans l'attente d'informations

Finalement, à 17 heures, les cinq élus sortent. Ils ont l'impression d'avoir « été écoutés par le cabinet », affirment-ils. « Nous avons pu leur expliquer en détail les aspects techniques de notre métier, leur démontrer que le marché est loin d'être bouché, contrairement à ce qu'affirme General Electric. D'ailleurs, ils doivent rencontrer le groupe demain et ont promis de revenir vers nous : nous leur avons demandé de plaider pour rallonger de deux mois les négociations. »

Lorsqu'on les interroge sur les récentes annonces de GE, ils coupent court aux inquiétudes des salariés. « Le gouvernement nous a garanti que nous n'étions pas concernés par cette refonte. Ils ont eu John Flannery, le PDG de GE, au téléphone, qui le leur a assuré », assure Nathalie Boux, élue CFE-CGC au comité central d'entreprise. « Pourtant, nous sommes dans la filière énergie, qui sera transformée, c'est écrit dans Les Échos. Comment être sûr que nous ne sommes pas visés par ce plan social mondial ? », s'inquiète Armelle en montrant l'article sur son portable. « S'ils nous ont menti sur ce sujet, nous n'allons pas rester les bras croisés », répond l'élue. « La seule chose qu'il nous reste à faire, c'est attendre des détails, lance Armelle, blasée. Attendre, toujours attendre. » La date butoir de la fin des négociations était fixée au 2 décembre, les syndicats ont demandé deux mois supplémentaires pour appuyer leur contre-expertise et changer le nombre de 345 emplois supprimés. À voir si l'État réussira à infléchir le géant General Electric.


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