Dossier : Domination masculine : 2017, année de la révolte

Geneviève Fraisse : « Quelle place pour le corps des femmes ? »

Pour Geneviève Fraisse, l’affaire Weinstein construit de l’émancipation. Si l’autonomie économique reste centrale pour la prise de parole, l’esprit de révolte se répand.

À son essai Du consentement, publié en 2007 et réédité cet automne, Geneviève Fraisse a ajouté un épilogue : « Et le refus de consentir ? » Son travail précédent se concentrait sur le « oui » à la domination : « oui » individuel d’abord, puis « oui » du consentement « compris comme un argument politique ». « Et le “non”, quel est-il ? On connaît le “non” individuel ; mais où se trouve le “non” politique ? », interroge la philosophe féministe dans ce texte écrit en mai. Quelques mois avant que n’éclate l’affaire Weinstein…

Une des caractéristiques de l’affaire Weinstein, c’est la réaction collective large des femmes qui ont dénoncé les comportements du producteur, et d’autres après lui. Vous parlez de « révolte ». « Révolution », c’est hors sujet ?

Geneviève Fraisse : Mi-octobre, j’ai dit qu’il s’agissait d’un événement qui prend place dans l’histoire. J’ai dit aussi qu’il s’agissait d’une révolte qui allait s’étendre. « Révolte », parce que des femmes ont pris collectivement la parole. Je récuse l’expression « la parole s’est libérée », car les femmes sont des sujets politiques et actifs. Elles savent ce qu’elles font en décidant de parler. Une révolution, c’est non seulement un événement, mais aussi une rupture historique. Nous n’assistons pas aujourd’hui à une révolution. Il n’y a pas de rupture historique. Et la domination masculine se porte très bien… Mais il ne faut pas croire qu’une révolte arrive un jour et que, le lendemain, c’est terminé. Une révolte, c’est déjà beaucoup. Et cela peut avoir des conséquences. L’affaire Weinstein est un catalyseur. De la même façon que le droit à l’avortement a catalysé la libération des femmes en 1970 et que la parité a catalysé les mouvements féministes en 1990. Sur une lutte précise viennent s’agréger d’autres luttes. Ce qui se passe en cet automne 2017 est extrêmement intéressant parce que cela construit de l’émancipation.

Dans le sillage des affaires DSK et Baupin, l’affaire Weinstein entraîne une prise de conscience. De quelle nature ? Peut-on espérer qu’elle ne reste pas cantonnée à certains milieux – exposés, aisés ?

Affaire DSK : un homme puissant saute sur une domestique. Affaire Baupin : quelques femmes se mettent ensemble pour dénoncer une situation. On passe d’un hôtel de New York à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire une institution républicaine. L’affaire Weinstein, qui commence à Hollywood et trouve des échos partout via Internet, continue d’agrandir la scène. Cela entraîne une prise de conscience chez les femmes, qui s’aperçoivent qu’elles ont refoulé toutes sortes de situations. On s’est toutes demandé : « Et moi ? Que m’est-il arrivé ? » Cela entraîne aussi une prise de conscience chez les hommes,qui interrogent les femmes autour d’eux et découvrent des situations qu’ils ignoraient.

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