Dossier : Violences policières : En finir avec l’impunité

« Gérer la violence de la police »

Avec Moi, policier, j’ai tué un homme, Mustapha Kessous signe le premier documentaire consacré aux homicides commis par les forces de l’ordre.

De Malik Oussekine à Adama Traoré, les victimes tombées sous les coups ou les balles des forces de l’ordre sont nombreuses. Sans que, avec le temps, on ne se penche sur les responsables de ces homicides. Sur ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils ont vécu. C’est tout l’objet du documentaire de Mustapha Kessous, recueillant sobrement, des années après leur acte, la parole de policiers dans cette situation. Un film ponctué des interventions de Pierre Joxe et Jean-Louis Debré, ex-ministres de l’Intérieur ; des avocats Yassine Bouzrou (lui-même défenseur de la famille d’Adama Traoré), Laurent-Franck Lienard et Daniel Merchat ; et de la procureure Fabienne Klein-Donati. Politis a pu visionner en exclusivité ce documentaire exceptionnel (avec l’obligation de n’en rien dévoiler, ni sur les victimes ni sur les policiers), qui sera prochainement diffusé sur France 3.

Journaliste au Monde, déjà auteur du documentaire Français d’origine contrôlée, articulé autour des Français d’origine maghrébine en butte au harcèlement de la police, Mustapha Kessous a retrouvé quelques-uns de ces policiers accusés d’homicide, confrontant les archives au témoignage présent. Sans brosser de tableau à charge, c’est là un film à la fois édifiant et éclairant.

Dans votre documentaire, vous dessinez trois profils de policiers ayant tué quelqu’un…

Mustapha Kessous : Il y a plus de deux ans, je partais dans une étrange quête, celle de retrouver des policiers ou d’anciens policiers qui avaient tué une personne. Je voulais simplement comprendre leur geste et qu’ils me le racontent. Après une longue enquête, j’ai réussi à en retrouver certains et j’ai rencontré des hommes brisés – le mot est faible. En leur parlant et en les écoutant, je me suis rendu compte que certains continuaient de vivre dans le déni : en gros, s’ils ont tué une personne, c’est à cause de leur arme défaillante, le coup est parti tout seul, le doigt a, accidentellement, appuyé sur la gâchette… Ils ont dû mal à considérer qu’ils sont peut-être responsables de la mort de quelqu’un. Et puis il y a des policiers qui reconnaissent avoir tué et qui assument. Même s’ils parlent d’une erreur, voire d’une bavure, ils ne se trouvent pas, ou plus, d’excuses. Ils font, en quelque sorte, acte de contrition. Enfin, il y a ceux qui étaient en état de légitime défense et qui ont dû agir pour sauver leur peau. Mais, quel que soit leur profil, on ressent chez eux une grande souffrance.

**La violence policière, se soldant par des morts, ne date pas d’aujourd’hui. Au-delà du cas de Malik Oussekine, vous remontez au 17 octobre 1961… Comment expliquez-vous cette réalité systémique ?

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