Choose France ! Vraiment ?

L'apparente générosité d'Emmanuel Macron est d'un incroyable cynisme.

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Y oung People, young students, entrepreneurs, academics, researchers, indian leaders, choose France ! You’re very, very much welcome. And I’ll be very proud to make my country the entry point in Europe. »

Même les moins anglophones auront compris l’incroyable cynisme qui guide l’apparente générosité de cette déclamation présidentielle au terme du voyage officiel d’Emmanuel Macron en Inde, alors qu’en France, pendant ce temps-là, le gouvernement marche sans retenue sur les migrants, piétine leur dignité, les pourchasse jusque dans les montagnes (même les femmes enceintes), poursuit les gens d’hospitalité et bat des records du nombre d’enfants en détention « administrative ». Bienvenue en France ?

On – un centriste bon teint, par exemple – rétorquera que ces migrants-là ne sont pas les mêmes. Horreur du raisonnement, alors même que ceux qui nous préoccupent pour l’heure, eux, sont déjà sur le territoire national. Débarqués de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie, du Niger et d’ailleurs ; fatigués de leur fuite, fatigués de se cacher, fatigués de perdre espoir.

On – le même – soutiendra que la « com’ du Président » ne s’adresse pas à « la même cible » (dégoût). Le Président voudrait attirer l’élite de l’Inde (le même discours vaudrait d’ailleurs pour la Chine). Soit. Mais que ne s’adresse-t-on à tous ces « jeunes gens, jeunes étudiants, entrepreneurs, universitaires, chercheurs » francophones d’Afrique et d’ailleurs ? Ces « élites-là » seraient-elles indésirables ? Emmanuel Macron et ses prédécesseurs ont-ils déjà eu l’intelligence d’adresser le même message, avec les mêmes mots, aux forces vives de Tunisie, d’Algérie, du Maroc, de Côte d’Ivoire, du Sénégal… ? À celles et ceux qui de Québec à Conakry en passant par Bruxelles pourraient faire vivre, via la langue en partage, un même sentiment d’appartenance, une même communauté de destin dans un monde qui interroge les identités. Et avec qui il serait aisé de penser les mobilités et les coopérations. Las. Cette fraternité francophone n’entre toujours pas dans le champ de vision présidentiel. Pour nos gouvernants, ce n’est ni une stratégie, ni un sentiment. C’est un boulet.

Mais revenons chez nous, puisque durant son déplacement Emmanuel Macron a rappelé : « Nous allons continuer à faire évoluer la France en profondeur, avec bienveillance et détermination. » Il y a manifestement dans cette phrase un mot de trop.


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