Le maire de Stains au tribunal pour une banderole de soutien à Salah Hamouri

Azzedine Taibi contestait vendredi devant le tribunal administratif la demande du préfet de Seine-Saint-Denis d’enlever la banderole de soutien au militant franco-palestinien du fronton de sa mairie.

Malika Butzbach  • 9 mars 2018
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Le maire de Stains au tribunal pour une banderole de soutien à Salah Hamouri
Elsa Lefort, Azzedine Taibi et maître Roland Weyl.
© Malika Butzbach

Il n’est pas encore 10 heures, ce vendredi 9 mars, et l’on compte déjà neuf camions de police devant le tribunal administratif de Montreuil. Un dispositif de sécurité « exceptionnel en prévision du rassemblement ». Ils sont une trentaine autour d’Azzedine Taibi, militants, sympathisants ou simples habitants. Le maire de Stains est convoqué ce matin-là car le préfet de Seine-Saint-Denis a déposé un recours pour exiger le retrait, sur le fronton de la mairie, d’une banderole de soutien à Salah Hamouri, militant franco-palestinien détenu par Israël depuis le 23 août 2017.

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« On censure le mot “palestinien” »

La salle d’audience du tribunal est remplie. Face à la juge des référés, maître Roland Weyl, qui représente la mairie, plaide avec ferveur du haut de ses 97 ans. « Le texte de la préfecture mentionne les affaires liées à la détention de Salah Hamouri. Les affaires, au pluriel. Le fait est que, lorsque monsieur le préfet voit le mot “palestinien”, ça lui donne des boutons. Et il censure. » L’avocat de la préfecture, maître Laigneau, critique une décision informelle de la municipalité. Ce à quoi maître Roland Weyl répond que la banderole est l’expression de la délibération du conseil municipal qui s’est prononcé publiquement en faveur de la libération de Salah Hamouri : « Il ne s’agit que d’une nouvelle publicité de quelque chose qui a déjà été rendu public ! »

De la part d’Azzedine Taibi, c’est une « prise de position sur un conflit international puisque la banderole demande la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens, argumente Me Laigneau. Cela va à l’encontre de la neutralité du service public et sort des champs de compétence des municipalités. » « Donc, si demain on refait une banderole en mentionnant uniquement Salah Hamouri, vous ne direz plus rien ? », demande avec ironie Me Weyl.

Alors que plus de 1 500 élus ont affiché leur soutien au jeune homme, seule la mairie de Stains s’est vu rappeler à l’ordre. Emmanuel Macron lui-même s’est prononcé en faveur de la libération de Salah Hamouri. « Monsieur le préfet serait-il en désaccord avec le président de la République ? »

Comparaison avec Ingrid Betancourt et Loup Bureau

À la sortie de la salle, l’homme qui surveillait l’audience rit et lance « À bientôt ! » aux personnes qui y ont assisté. C’est la deuxième fois de l’année qu’Azzedine Taibi est convoqué devant le tribunal administratif. Le 25 janvier, avec cinq autres maires, il défendait des arrêtés « anti-mise à la rue », que le préfet estimait illégaux. _« D’ailleurs, si l’on pouvait avoir une place de parking, ça serait plus pratique », rigole un homme.

Devant le tribunal, le maire et ses soutiens improvisent une conférence de presse. « On ne nous a pas demandé de retirer nos banderoles de soutien à Ingrid Betancourt ou, plus récemment, au journaliste Loup Bureau, détenu en Turquie », dénonce le maire de Stains. À ses côtés se tient Elsa Lefort, compagne de Salah Hamouri et porte-parole du comité pour sa libération. La jeune femme dénonce les pratiques d’intimidation que subissent les militants de la cause palestinienne. « Ce n’est jamais agréable de devoir se justifier de ses idées devant la justice. Mais cela renforce notre détermination. » Le maire de Gennevilliers est présent : « Du coup, moi aussi je vais afficher le portrait de Salah Hamouri sur la mairie ! »

Finalement, en fin d’après-midi, la décision du tribunal tombe : « Le juge des référés suspend l’exécution de la décision du maire de Stains d’apposer sur le mur d’enceinte de la mairie une banderole ». Azzedine Taibi a donc l’ordre de l’enlever dans un délai de trois jours. Mais ce n’est que la première étape : le tribunal administratif, siégeant en formation collégiale, devra se prononcer définitivement sur la légalité de cette décision.

Un décision « incompréhensible » a réagit le maire, qui maintient son engagement malgré tout. Ironie du sort, en sortant du tribunal, on passe devant la brasserie Le Robespierre. Fermée depuis longtemps, ses vitres sont recouvertes d’affiches en faveur de la libération de Salah Hamouri.

© Politis
Police / Justice Monde
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