Russie : L’abstention, seul choix contestataire

Si les campagnes sont acquises à Poutine, on se désole dans les métropoles de la pauvreté des programmes des opposants. Reportage.

Claude-Marie Vadrot  • 14 mars 2018 abonné·es
Russie : L’abstention, seul choix contestataire
L’opposant Alexeï Navalny, le 25 février 2018 à Saint-Petersbourg, lors d’une marche en mémoire de Boris Nemtsov, assassiné trois ans plus tôt.
© AFP/ Sefa Karacan/Anadolu Agency

Au cœur de la presqu’île d’Olkhon, au bord du lac Baïkal, 50 km au nord d’Irkoutsk, capitale de la Sibérie centrale, Anouchka, la soixantaine passée, livre volontiers son sentiment sur les élections et la situation de son pays. Et dans l’angle d’une pièce de son isba, dans ce que les Russes nomment encore le « krasny ugol », le « coin sacré de la maison », un indice discret témoigne de sa préférence : à côté d’une bougie dont la flamme tremblote du matin au soir et d’une image de saint Georges, patron de la Russie, trône une photo de Vladimir Poutine. Anouchka avoue qu’il a remplacé Lénine sur ce petit autel dans les années 1990. Elle sourit sans répondre quand on lui demande si, autrefois, ses parents y avaient installé une effigie de Staline.

« Notre famille a toujours vécu ici, raconte-t-elle. Nous sommes très loin de Moscou, que nous appelons “le centre”, et je ne sais pas vraiment ce qu’il s’y passe. Mais je crois que, dans la capitale, ils ne savent pas plus comment est la vie en Sibérie. Quand je vais à Irkoutsk, le bus met plus longtemps qu’autrefois, et la queue pour prendre le bac est interminable. J’ai du mal à reconnaître notre grande ville avec des bars, des publicités indécentes, des boutiques trop chères, des jeunes dont les habits doivent offenser le bon Dieu. » Quand elle accompagnait son mari, pêcheur, pour vendre le poisson sur les marchés, elle se sentait chez elle, « chez nous ». Désormais, à la télévision, le sens de certains mots lui échappe…

Anouchka mentionne également sa retraite, insuffisante, les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Brésil : Flávio Bolsonaro, le portrait c(r)aché du père
Monde • 16 octobre 2026 abonné·es

Brésil : Flávio Bolsonaro, le portrait c(r)aché du père

Après la douche froide du premier tour, remporté par l’extrême droite avec Flávio Bolsonaro en position de favori, le pays sort de la torpeur. D’aucuns s’adonnent à une expérience de pensée : à quoi ressemblerait un retour du bolsonarisme incarné par le fils de l’ex-président ? Exercice peu réjouissant.
Par Camille Madera
Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi
Reportage • 16 octobre 2026 abonné·es

Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi

À Rio, le Mouvement des sans-toit occupe un terrain vague où plus d’une centaine de personnes bataillent pour le droit au logement. Dans ce campement de bric et de broc, l’incertitude monte à l’approche du second tour de l’élection présidentielle, dont le résultat sera déterminant pour la lutte.
Par Camille Madera
Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »

Chaque année, des centaines de milliers de personnes transitent par Djibouti, puis le Yémen, pour atteindre l’Arabie saoudite. Un périple dangereux, nourri par l’espoir d’une vie meilleure, autour duquel s’est développée une économie clandestine dont profitent passeurs, intermédiaires et même certaines autorités au sein de l’appareil d’État.
Par Clara Nusaybi
Au Chili, malgré la répression, les étudiants défient le président d’extrême droite
Reportage • 8 octobre 2026 abonné·es

Au Chili, malgré la répression, les étudiants défient le président d’extrême droite

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2026, José Antonio Kast se confronte à un mouvement étudiant et lycéen vent debout contre les coupes budgétaires dans l’éducation.
Par Marion Esnault