Dossier : Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Mayotte : Décolonisation inachevée

Le combat des Kanaks pour l’égalité

Les Calédoniens seront consultés en novembre sur l’indépendance. Mais le véritable enjeu demeure l’allégement du passif colonial.

La France aurait-elle fini par apprendre des sanglants soubresauts de son histoire coloniale ? Permettra-t-elle enfin à l’un de ses territoires d’outre-mer d’accéder sinon à l’indépendance, du moins à une large autonomie – au sein de la République – en reconnaissant les spécificités, la culture et la langue des anciens indigènes, les Kanaks ?

On aurait tort de considérer la Nouvelle-Calédonie, française depuis 1853, comme un de confetti lointain d’un empire réduit à peau de chagrin. Elle constitue un atout géopolitique important pour Paris, de par une vaste surface océanique et une présence dans l’océan Pacifique, avec la Polynésie et Wallis-et-Futuna. Elle permet surtout à Emmanuel Macron de justifier l’inclusion de la France dans un « axe indo-pacifique », aux côtés de l’Inde, où il a été reçu en mars, et de l’Australie, qu’il a gratifiée de la première visite officielle d’un président français ; c’était, symbole important, juste avant son arrivée à Nouméa, le 3 mai.

On se souvient des violences, voire de la quasi-guerre civile, qui embrasèrent le « Caillou » à partir de 1984, pour atteindre leur paroxysme en mai 1988, avec l’assaut ordonné par le gouvernement Chirac sur la grotte d’Ouvéa, où des militants armés kanaks du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) retenaient des gendarmes. Bilan : 19 militants kanaks et deux gendarmes tués, le 5 mai 1988.

François Mitterrand réélu, Michel Rocard, Premier ministre, met immédiatement en place une négociation entre les deux parties, Jean-Marie Tjibaou, leader du FLNKS, et Jacques Lafleur, dirigeant des Caldoches européens. Alors que la Nouvelle-Calédonie figure depuis 1986 sur la liste de l’ONU des territoires restant à décoloniser (comme la Polynésie y est de nouveau depuis 2013, lire pages suivantes), l’indépendance est repoussée, dans les accords de Matignon, à un référendum futur, mais les Kanaks gagnent une reconnaissance de leurs souffrances passées et de leur culture, et obtiennent, à terme, de gérer une partie des collectivités locales, avant un référendum d’autodétermination. Certains ultras kanaks crient à la trahison de la part de Tjibaou, dont Djubelly Wéa, qui l’assassine le 4 mai 1989, un an après la tragédie d’Ouvéa, lors de la cérémonie de levée de deuil des morts kanaks causés par l’assaut de l’armée française sur la commune de Fayaoué.

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