Oxfam et les 40 voleurs

L'ONG a établi que, depuis 2009, 68 % des bénéfices du CAC 40 ont été reversés aux actionnaires.

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La nouvelle étude de l’ONG Oxfam (1) et du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic), rendue publique le 14 mai, vient à son tour démontrer la cupidité du capitalisme financiarisé et la sécession des riches. Les patrons et les actionnaires des plus grosses entreprises françaises sont des goinfres qui se gavent sur le dos de salariés spoliés du fruit de leur travail. Depuis 2009, 68 % des bénéfices du CAC 40 ont ainsi été reversés aux actionnaires en récompense de leur oisiveté et parfois de leur cynisme (car certains n’ont pas hésité à licencier ou à fermer des usines ici et là). Cela représente 2 000 euros par mois et par salarié. Et cela ne cesse d’augmenter, au point que nous sommes les champions du monde en la matière. Certaines entreprises versent même aux actionnaires plus d’argent qu’elles n’en gagnent ! Autrement dit, elles s’endettent pour rassasier les gloutons capitalistes.

Sur sa pente actuelle, la machine capitaliste engendre des inégalités inouïes. Face à elle, l’impuissance des uns et la complicité des autres engendrent la haine. Or, si notre colère est saine et digne, la rage contre le « système » est mauvaise conseillère quand il s’agit d’abord d’apporter de la raison. Raisonner le capitalisme, est-ce possible ? Vieux débat, ontologique. Reste que, sauf à se consoler en cassant un abribus ou en brûlant un McDo, il y a bien des moyens de lutter contre cette cupidité pleine de morgue, dont certains sont d’ailleurs repris dans le rapport d’Oxfam.

Attac, dont on fête les 20 ans d’utilité publique cette année, avait dès sa naissance alerté sur l’indécence de la richesse captée par quelques-uns et proposé l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Des ONG ont suggéré des mesures contre l’évasion fiscale. Les syndicats revendiquent encore des augmentations de salaire. Des députés ont exigé que les aides publiques à des entreprises soient conditionnées par des investissements, et non par des dividendes. D’autres plaident depuis quelques années déjà pour l’instauration d’une échelle de rémunérations encadrant les écarts entre hauts et bas salaires. Ces propositions raisonnables sont d’ailleurs argumentées chaque semaine par des économistes dans nos colonnes (lire ici).

Ah oui, il y a aussi un moyen, peut-être : gagner des élections et s’entendre pour cela. Des volontaires, à gauche ?

(1) « CAC 40 : des profits sans partage », sur oxfamfrance.org


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