Cédric Herrou en tournée solidaire

L’agriculteur a présenté Libre en avant-première à Saint-Étienne, terre d’accueil de longue date.

Deux voitures de police attendent devant le cinéma Le Méliès Saint-François. Les badauds s’interrogent. Les cinéphiles du jour savent pourquoi les forces de l’ordre veillent : ce mardi soir, Cédric Herrou est à Saint-Étienne pour présenter le film Libre, qui montre son combat pour aider les migrants dans la vallée de la Roya. Quelques jours auparavant, l’agriculteur a été légèrement enfariné à Valence par quelques anti-migrants. « Ce n’était pas grand-chose. Ce n’est pas donné à tout le monde de réussir une action de désobéissance civile, on peut leur apprendre », glisse Cédric Herrou, taquin, avant d’aller saluer les 350 spectateurs du soir.

Le cinéma fait salle comble, comme ce fut le cas à Rennes, Tours, Bourg-en-Bresse, Nantes… sauf dans les Alpes-Maritimes, où seule une salle d’Antibes a projeté le film. « C’est quand même une preuve qu’on n’est pas si minoritaires que ça en France », glisse un spectateur. Ce « on », ce sont les milliers de citoyens solidaires des migrants dans l’Hexagone.

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Fin de séance. Standing-ovation. Les participants ont été tantôt émus aux larmes, tantôt révoltés, indignés, mais aussi admiratifs. Cédric Herrou incarne définitivement l’antihéros, qui leur ressemble un peu mais pas tout à fait. Tous ont suivi ses déboires avec la justice depuis son arrestation à la gare de Cannes en 2017 (1). Depuis cet été, son contrôle judiciaire est allégé : il peut notamment retourner en Italie, mais seulement pour des raisons professionnelles. « J’aime bien les procès, rigole-t-il. Je n’en ai pas peur. Mais je ne supporte pas que l’État se serve de cette lutte pour instaurer un clivage : une justice pour le citoyen qui ne réfléchit pas trop, et une autre pour le citoyen militant. Cette lutte n’est pas que pour les migrants, c’est aussi pour nos propres droits. »

Le film montre que ces solidaires de l’ombre, parfois considérés comme des délinquants, ne sont pas seuls à penser de la sorte et à agir. Cédric Herrou non plus n’est pas isolé. D’ailleurs, s’il peut assurer tant de déplacements, c’est parce que son père et son frère assurent la récolte des olives, tandis que les douze migrants qui résident actuellement chez lui gèrent les éventuelles arrivées de réfugiés, avec l’aide d’une bénévole.

Avec humour et décontraction, l’agriculteur de la Roya écoute les remarques et répond naturellement aux questions. « Aujourd’hui, nous faisons de l’aide à la régularisation directement dans ma ferme ! Ce qui dérange le préfet, donc l’État, c’est qu’on dénonce les conséquences de la fermeture des frontières, les contrôles policiers permanents et le non-respect des droits humains », analyse-t-il. Une jeune femme lui demande comment faire bouger les gens, autres que les convaincus. « Je n’ai pas de solution miracle. Le plus important, selon moi, est la prise de conscience par l’opinion publique. Mais je comprends aussi la peur de certains Français de s’engager. »

Cédric Herrou raconte que lui-même a mis un an et demi à faire le premier geste envers ces jeunes gens qui, en 2015, ont manifesté à leur façon en dormant sur les rochers du front de mer, à la frontière franco-italienne. « C’était troublant de voir en face de soi ce qu’on observe habituellement à la télévision : des gens qui représentent la guerre, la dictature, la Libye, l’exil… »

Derrière ses emblématiques lunettes rondes, Cédric Herrou ne surjoue pas la modestie. Ces avant-premières lui permettent aussi de voir les combats locaux pour aider les demandeurs d’asile. « Le vrai accompagnement des migrants se fait dans vos villes ! Dans la Roya, notre rôle est surtout de les protéger, de leur accorder un temps de répit, de leur souhaiter la bienvenue le mieux possible, mais nous ne faisons pas forcément de suivi psychologique et administratif, car beaucoup ne sont que de passage. »

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