Un Plan vélo inédit mais sans souffle

Les mesures annoncées par le gouvernement pour accroître les déplacements à bicyclette sont positives, mais manquent de moyens financiers, et reposent encore trop sur la bonne volonté des collectivités locales ou des entreprises.

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Vingt-cinq mesures devaient être annoncées, hier à Angers, pour augmenter de 3 à 9 % d’ici à 2024 la part du vélo dans les modes de déplacement en France, encore très loin des 26 % des Pays-Bas ou 19% du Danemark. Pour cette annonce, destinée aussi à reverdir l’image du gouvernement, sérieusement entamée depuis la démission-coup de gueule de Nicolas Hulot, le Premier ministre s’est déplacé flanqué de son tout nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, et de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, qu’on a surtout entendue jusqu’ici sur la réforme de la SNCF.

Ce Plan national vélo ne se concentrera pas que sur « les grandes métropoles », a précisé Édouard Philippe, mais sur « toutes les villes », y compris les petites. La principale nécessité affichée est la sécurité, qui passe par le respect mais aussi la connaissance du Code de la route. « Un code qui au fond a été conçu dès l’origine en priorité autour de la voiture. L’idée, c’est désormais de l’adapter dans la mesure du possible à toutes les formes de mobilité, en particulier au vélo, pour que les cyclistes soient plus en sécurité ». La « diffusion de la culture du vélo » (autre axe abordé) dès l’école primaire devrait permettre aux enfants, à leur entrée au collège, de maîtriser le vélo d’un point de vue « technique » mais aussi de connaître les règles routières.

Appel aux collectivités territoriales

D'un budget prévu de 350 millions d’euros sur sept ans (soit 50 millions par an), le plan devrait essentiellement servir à « accompagner la conception de travaux importants de corrections des discontinuités et d’équipements du territoire », soit la correction des ruptures des pistes cyclables et la mise en place de parkings à vélo (notamment dans les gares). L’augmentation de ces derniers font partie de l’axe visant à diminuer les vols de vélos. À cet axe s’ajoute un identifiant unique par vélo. « Un vélo marqué, c’est un vélo rendu lorsqu’il est retrouvé par les forces de l’ordre. C’est aussi la possibilité de démanteler plus facilement les réseaux de recel. L’idée, c’est qu’à terme les vélos non-marqués ne trouvent plus de repreneurs ». Selon Édouard Philippe, « 300 000 foyers sont victimes chaque année d’un vol de vélo ».

Pourquoi sept ans pour assurer le plan ? « Il faut le temps de les programmer, de les discuter » et « nous voulons faire en sorte d’inciter l’ensemble des acteurs à regarder là où des travaux vont avoir un effet utile », justifie le Premier ministre. À ce propos, « l’Ademe [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, dont le siège est à Angers] s’apprête à lancer un appel à projets pour aider les collectivités qui en éprouvent le besoin à définir leur réseau et leur politique de vélo ». La balle est donc envoyée aux communes, intercommunalités et départements, à charge pour eux de se concerter pour véritablement débuter le plan.

De vieilles mesures adoptées

Toutes ces mesures sécuritaires accompagnent une volonté plus écologique. En remplacement de l’indemnité kilométrique vélo (IKV), « trop complexe à mettre en œuvre », est proposé le « forfait mobilité durable ». Les entreprises qui le veulent pourront reverser à chaque salarié assurant le trajet domicile-travail en vélo « jusqu’à 400 euros en franchise fiscale et sociale ». Pour montrer l’exemple, l’État appliquera cette mesure pour « tous les agents de l’administration de l’État et de ses opérateurs qui viennent au travail à vélo ». Jusqu’à 200 euros dans ce cas cependant.

Dans la même veine, il est prévu d’« introduire le vélo dans le barème kilométrique fiscal qui sert à rembourser les frais de déplacements que les salariés effectuent à titre professionnel avec leur véhicule personnel ». Nécessaire « si l’on veut placer le vélo sur le même plan que la voiture ou les deux-roues motorisés ». Une égalité de traitement qui existe déjà dans certains États européens (Belgique, Royaume-Uni, Autriche, Pays-Bas). Tout comme l’indemnité pour l’usage du vélo sur le trajet domicile-travail, présent depuis vingt-deux ans aux Pays-Bas et dix-huit ans en Belgique.

Une première, mais pas une priorité

Dans un communiqué, le Club des villes et territoires cyclables qualifie ce Plan national vélo de « premier plan digne de ce nom » et « salue la détermination de la ministre » Élisabeth Borne, qui « a réussi à convaincre l’exécutif des enjeux que porte le développement du vélo, enjeux environnementaux, économiques et sociaux ». Bien que le Club « salue l’augmentation du plafond d’exonération fiscale » pour le forfait mobilité durable en remplacement de l’IKV, il « regrette le maintien du caractère facultatif du versement par les employeurs du privé ». Tout comme le budget, bien loin des « 200 millions d’euros par an » qu’il estime nécessaire pour couvrir une politique du vélo digne de ce nom.

Même constat négatif pour le Réseau Action Climat, regroupant la plupart des associations impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique. « Ce plan national est inédit dans son volet infrastructures. Mais le compte n’y est pas pour rattraper le retard de la France, déplore le porte-parole du Réseau, regroupant WWF, Greenpeace, la Fédération des usagers de la bicyclette ou encore France Nature Environnement. En dépit des discours et de l’engagement du président de la République, la priorité n’est pas encore celle des transports écologiques du quotidien. »


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