Drogues : des associations contre l’amende aux usagers

Dans un livre blanc publié ce mardi, plusieurs associations dénoncent la mise en place d’une amende forfaitaire délictuelle pour l’usage de drogues illicites.

Romain Haillard  • 13 novembre 2018
Partager :
Drogues : des associations contre l’amende aux usagers
© Photo : Patrick Lefèvre/Belga Mag

Une cinquantaine de pages et une dizaine d’organisations annoncent l’échec de l’amende forfaitaire délictuelle étendue à l’usage des stupéfiants. Ce mardi, des associations – notamment Médecins du monde et la Ligue des droits de l’Homme – ont publié un livre blanc contre cette disposition inscrite dans la réforme de la justice. Elles dénoncent une _« répression contreproductive » des consommateurs au détriment d’une véritable politique sanitaire de sensibilisation. Les associatifs réclament le retrait de ce nouvel outil et l’ouverture d’un débat national sur la politique française sur les drogues.

À lire sur le sujet >> Drogues : les risques de l’interdiction

L’article 37 du projet de loi permettrait aux policiers – sans contrôle d’un procureur – de sanctionner d’une amende tout consommateur de produits illicites. Actuellement, les usagers s’exposent à des peines d’emprisonnement ferme d’un an et à une amende de 3 750 euros. Mais ces peines sont rarement appliquées, car elles nécessiteraient la mise d’une procédure judiciaire lourde. Et les contrevenants écopent le plus souvent d’un rappel à la loi. _« Entre une dépénalisation complète et une répression totale, nous avons trouvé le juste milieu », estime Didier Paris, député LREM et vice-président de la commission des lois. Une vision biaisée selon les rédacteurs du livre blanc. Ils constatent « l’absence de remise en cause du cadre légal déjà en vigueur » et critiquent « la systématisation de la répression et la politique pénale de tolérance zéro ». En effet, si l’amende paraît moins lourde, elle serait en revanche systématiquement appliquée, sans prendre en compte la situation personnelle de l’usager.

Une amende réévaluée à hauteur de 200 euros

Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature, insiste : « La peine sera prononcée directement par un policier, sans regard sur le niveau de revenu du consommateur. » Le projet de loi prévoyait initialement une amende de 300 euros. « La commission des lois l’a redescendue à 200 euros, même si j’aurais personnellement préféré la descendre à 150 euros », commente Éric Pouillat, député LREM et co-rapporteur d’une information sur le sujet.

« Tout commence par un contrôle d’identité, souvent au faciès », a témoigné Bénédicte Desforges lors de la présentation du livre blanc. Membre du collectif Police contre la prohibition, elle poursuit : _« La recherche de drogues devient une variable d’ajustement dans la politique du chiffre. Pour chaque découverte de stupéfiant, une affaire résolue. » Le problème n’a rien de nouveau, et a déjà fait l’objet d’un rapport par l’Inspection générale de l’administration. Cependant, l’article 37 simplifie la procédure et pourrait accentuer cette pratique. _« Nous voulions une procédure simple, immédiate, rapide et accessible », explique le vice-président de la commission des lois.

« Cette disposition n’a pas vocation à lutter contre les addictions »

L’ex-policière redoute une autre dérive, un « pilonnage » concentré sur les consommateurs des quartiers populaires : « Nous pourrons voir un consommateur écoper d’une amende à une, deux, trois reprises dans la même semaine. Et ça, sans jamais se poser la question de l’addiction de cette personne. » Éric Pouillat, membre de la majorité présidentielle, concède : « Cette disposition n’a pas vocation à lutter contre la drogue ou les addictions. Nous ne devons pas envisager les stupéfiants seulement sous l’angle de la répression, mais également sous l’angle du sanitaire et de l’éducation. »

Bénédicte Desforges conclut, amer : « La drogue devient un problème de police et plus un problème de santé. L’article 37 de la réforme de la justice instaure une guerre contre les usagers et non pas une lutte contre la drogue. »

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Pour que MeToo éclate dans la grève féministe
MeToo 9 juillet 2026

Pour que MeToo éclate dans la grève féministe

Dix ans après MeToo, alors que les violences continuent et que les réactionnaires s’arc-boutent sur leurs privilèges, ce texte appelle à refonder le féminisme comme force collective, décoloniale, transféministe et profondément démocratique.
Par Toni Viot
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet
« Pour garantir la sérénité des débats », le procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme renvoyé
Justice 8 juillet 2026 abonné·es

« Pour garantir la sérénité des débats », le procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme renvoyé

Le 7 juillet, le procès en correctionnelle de l’eurodéputée pour apologie du terrorisme, suite à un message posté sur X, a été renvoyé à octobre. Les magistrats ont suivi la demande de renvoi de son avocat et estimé que la sérénité des débats n’était pas garantie.
Par Céline Martelet
Expulsion « imminente » d’un homme vers le Soudan : la justice l’interdit, l’administration s’acharne
Exclusif 7 juillet 2026 abonné·es

Expulsion « imminente » d’un homme vers le Soudan : la justice l’interdit, l’administration s’acharne

Malgré l’annulation par le juge administratif d’un arrêté préfectoral fixant le Soudan comme « pays de renvoi », Politis révèle que la préfecture de police de Paris met tout en œuvre pour expulser un homme vers ce pays, en proie à une guerre civile. Son avocat craint une expulsion imminente.
Par Pauline Migevant