Lycéens insurgés, étudiants mobilisés

Réforme du bac, Parcoursup, frais d’inscription pour les étudiants étrangers… Les sujets de révolte sont nombreux.

Ingrid Merckx  et  Alexandre Neto  • 5 décembre 2018
Partager :
Lycéens insurgés, étudiants mobilisés
© photo : Nicolas Liponne/NurPhoto/AFP

De Mirecourt à Sarlat, de Limoges à Toulouse, 188 lycées étaient bloqués, lundi 3 décembre, pour protester contre la réforme du bac et Parcoursup, plateforme qui gère l’entrée à l’université. C’est notamment le cas à Chelles (Seine-et-Marne), avec « des blessés, des gazés, des malaises », déplore Ayoub, en terminale S au lycée Jehan, témoin de heurts avec la police. « La réforme fait exploser le diplôme national au profit d’épreuves par établissements et d’un contrôle continu qui, au lieu de favoriser le travail régulier, risque au contraire d’accentuer les inégalités », résume-t-il. Les lycéens réclament aussi la transparence sur l’algorithme Parcoursup. Ils sont soutenus par les profs, y compris ceux du supérieur, dont le Snesup-FSU. Le principal syndicat lycéen UNL a relayé les blocages sur son compte Twitter et soutient des AG qui s’organisent spontanément ici et là. En vue de rejoindre les étudiants et, pourquoi pas, les gilets jaunes ? C’est la colère de ceux qui se sentent discriminés et laissés pour compte. Et, surtout, pas entendus. « On ne se bat pas que pour nous mais pour les générations futures », ajoute Ayoub, qui a quatre petits frères et sœurs.

Dans les universités, l’explosion des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-européens ne passe pas. Dans les cartons depuis Sarkozy, la multiplication par 18 du coût annuel (désormais, 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master et en doctorat) a provoqué une série d’AG à Paris, Lille, Rennes, Strasbourg, Lyon (photo), Toulouse, Montpellier et Nantes. Dans les débats, comme à Tolbiac le 30 novembre, peu d’étudiants étrangers mais beaucoup de militants des forces politiques et syndicales de gauche, qui cherchent à se mettre en ordre de bataille et à massifier le mouvement. Certains ont appelé à rejoindre le cortège de la CGT du 1er décembre à Paris, d’autres, militants de La France insoumise, ont plutôt soutenu un ralliement aux gilets jaunes. Tous se retrouvent sur l’idée d’inscrire le combat étudiant dans une mobilisation nationale, et ne pas reproduire les erreurs commises durant la mobilisation du printemps contre la loi ORE (orientation et réussite des étudiants). Objectif : non seulement faire reculer le gouvernement sur l’augmentation des frais d’inscription, mais également empêcher une hausse généralisée, revenir sur la loi ORE et abolir la plateforme Parcoursup.

Éducation
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Les étudiants de Normale sup Paris à la rescousse des lycéen·nes
Reportage • 30 octobre 2026 abonné·es

Les étudiants de Normale sup Paris à la rescousse des lycéen·nes

Au sein de l’université populaire de l’École normale supérieure, des étudiants ont mis en place un programme de soutien scolaire gratuit durant les deux semaines de vacances. Le but : accompagner les lycéens pour reprendre le rythme et leur éviter de décrocher.
Par Malika Butzbach
Sophie Djigo : « Le RN fait basculer l’autorité des professeurs vers un autoritarisme politique »
Entretien • 23 octobre 2026 abonné·es

Sophie Djigo : « Le RN fait basculer l’autorité des professeurs vers un autoritarisme politique »

La philosophe et professeure dans l’enseignement supérieur a été visée en 2022 par une campagne de cyberharcèlement déclenchée par des élus du Rassemblement national et de Reconquête!. Dans L’Extrême droite contre les profs, elle exhume les contradictions d’un camp qui se pose en défenseur de l’école tout en ciblant les enseignants.
Par William Jean
Parcoursup, la machine à broyer
Inégalités • 15 octobre 2026 abonné·es

Parcoursup, la machine à broyer

« Parcoursup on n’en peut plus ! » : sur les pancartes, dans les manifestations lycéennes, le dispositif cristallise une partie de la colère. Mise en place en 2018, la plate-forme est accusée de renforcer les inégalités sociales, d’organiser une sélection opaque et complexe entre les élèves.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa