Nous sommes libres, pas neutres

Nous ne défendons pas une information « neutre », mais la vérité des faits ; nous ne défendons pas une presse « neutre », mais une presse indépendante.

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Un vent mauvais souffle sur la presse libre et indépendante dans notre pays, depuis quelque temps. L’exécutif, dont le chef s’était en campagne fait le chantre des libertés, a déjà à son passif (à peine dix-huit mois, tout de même) deux lois qui portent des coups au journalisme libre, indépendant et rigoureux. La première sur la « protection du secret des affaires » peut désormais empêcher un lanceur d’alerte d’agir sauf si c’est « dans le but de protéger l’intérêt général et de bonne foi, [de révéler] une activité illégale, une faute ou un comportement répréhensible » ; on comprend depuis hier, avec la grossière tentative de perquisition des locaux de Mediapart dans le cadre de l’affaire dite « Benalla », que, selon le parquet, la source des journalistes du média en ligne ne s’inscrit pas dans ce cadre… mais porte atteinte à la vie privée du personnage pourtant visé désormais par des enquêtes ! La seconde contre les fausses nouvelles (1), adoptée en novembre, donne au CSA – et au juge des référés – un pouvoir exorbitant de censure en campagne électorale, moment durant lequel, plus que tout autre, des candidats doivent pourtant être mis à nu, par nécessité de transparence et de démocratie.

L’instrumentalisation du parquet par le pouvoir n’est pas neuve. Mais rarement on aura vu un pouvoir aussi obsédé par le contrôle de l’information. En témoignent ces propos récents d’Emmanuel Macron (2), qui envisage… une troisième loi, cette fois pour garantir « la neutralité de l’information », par une institution et des journalistes qui seraient payés par l’État pour la garantir ! Pour notre part, nous prévenons : nous ne défendons pas une information « neutre », mais la vérité des faits ; nous ne défendons pas une presse « neutre », mais une presse libre et indépendante. La neutralité de la presse, c’est sa neutralisation. Dans une démocratie, le droit de savoir ne saurait s’accommoder des envies d’accommodements du pouvoir.

Lundi dernier, la rédaction de Mediapart a su tenir bon et riposter. Mais dans ce moment, c’est surtout vous, lectrices et lecteurs qui, par votre soutien et vos relais, saurez défendre ce droit fondamental face aux tentations de mise au pas.

(1) Ou « infox », terme choisi par la commission d’enrichissement de la langue française pour contenir l’usage impropre de fake news.

(2) Rapportés notamment par Le Point


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