Face aux faussaires, une histoire engagée

Contre les imposteurs réactionnaires qui squattent les plateaux de télévision, il faut une science historique dans laquelle le plus grand nombre puisse se retrouver, qui soit un outil de justice sociale et de démocratie.

Printemps 2018. Dans l’amphi de Tolbiac, à Paris, occupé par les étudiants et les étudiantes en lutte contre Parcoursup, l’assistance, debout, entonne « L’Hymne des femmes ». « Nous qui n’avons pas d’histoire », rappellent les paroles, invitant à écrire une histoire qui, enfin, rompe avec des siècles d’invisibilisation et de déni. Lorsque ce chant a été rédigé dans les années 1970, dans la foulée de Mai 68, les femmes n’étaient pas les seules absentes du roman national : on n’y racontait pas vraiment l’histoire des classes populaires, des colonisés, des immigrés, des homosexuels, de tous les sans-grade, sans-culottes ou sans-dents. Sur les T-shirts de certains étudiants mobilisés au printemps dernier, on pouvait lire ceci : « Mai 68, ils commémorent, on recommence », preuve que les anniversaires ne sauraient faire oublier qu’une bonne partie du travail reste à faire.

Nous étions venus tous les trois faire un « cours alternatif » sur la question « L’histoire peut-elle émanciper ? ». Notre objectif était d’en discuter avec les étudiantes et les étudiants, mais aussi tous les personnels rassemblés dans le mouvement social. De cet échange est né un livre (1), l’envie de mettre en mots et sur papier ce que peut l’histoire dans le monde contemporain, ce que nous voulons qu’elle soit. Une histoire comme émancipation.

Reconnaissons-le, la tâche est rude et le terrain boueux. Les « historiens de garde », faux historiens mais vrais réactionnaires, comme Stéphane Bern, Lorànt Deutsch ou Éric Zemmour, squattent les plateaux de télévision – privés ou publics. Avec leurs ouvrages racoleurs et truffés de contre-vérités historiques, confinant souvent au révisionnisme, ils raflent également la mise en librairie. Or le succès commercial des histrions de service repose sur le déni et la disqualification de la recherche, ces auteurs prétendant se substituer aux enseignants. Pendant ce temps, les chercheuses et chercheurs s’épuisent dans une course à la publication scientifique, au financement de leurs travaux, quand ils ne croulent pas sous des tâches administratives, tout en étant de plus en plus souvent pointés du doigt pour leur « inutilité », quand on ne les accuse pas d’excuser les violences…

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