Foire aux croûtes de Brest : Au rendez-vous des humanités
Depuis trente ans, à Brest, la place Guérin accueille le temps d’un week-end la « Foire aux croûtes », où la peinture amateur sert de prétexte à un événement festif et un brin subversif.
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Quartier populaire. Que mettre derrière ce terme ? La mixité sociale ? Finalement, quand on a dit ça, on a tout et rien dit à la fois. Il faut aller chercher plus loin. Loin, c’est au bout du bout, à Brest, au quartier Saint-Martin, dont le cœur battant s’appelle place Guérin. Ici, dans les hauteurs du centre-ville, des vieux tilleuls écorchés bordent un sable à la couleur grise. Dans cette terre à la composition douteuse, aucune personne saine d’esprit ne voudrait se vautrer. Ça n’a jamais empêché les autres de le faire. Les boulistes – maîtres en ces lieux – préfèrent la travailler lors de parties de pétanque interminables. Dans cette enclave, les maisons d’époque masquent l’horizon, mais la plainte moqueuse des goélands rappelle sans cesse la proximité du port. Les oiseaux de nuit, eux, faune d’individus plus ou moins louches et d’étudiants désargentés, y traînent pour finir les dernières canettes d’une longue soirée.
À chaque week-end de l’Ascension se déroule ici un drôle de cirque, élégamment nommé Foire aux croûtes. Une épiphanie artistique et festive où se manifeste l’âme du quartier dans toute son épaisseur. Pendant trois jours, depuis trente ans, une centaine de peintres du dimanche ou de plasticiens plus confirmés exposent leurs toiles. Plus de 4 000 curieux viennent caresser les œuvres du regard, parfois sortir le portefeuille pour céder à un coup de cœur. Sans oublier ceux venus pour apprécier les animations et les concerts… et s’en jeter un p’tit par la même occasion à la buvette ou dans l’un des six bars de ce carré magique et poussiéreux de 50 mètres sur 50.
Attablés au PMU Le Royal, haut lieu des turfistes,