L’axe du mal

Qui sont ces « alliés » revendiqués par Marine Le Pen, vainqueurs de scutins en Italie et en Allemagne ?

Michel Soudais  • 29 octobre 2019
Partager :
L’axe du mal
© Photo : Eric FEFERBERG / AFP

Marine Le Pen jubile. Dans deux élections régionales organisées ce 27 octobre, en Italie et en Allemagne, ceux qu’elle présente dans un tweet comme ses _« alliés » ont enregistré des « résultats spectaculaires ». En Ombrie, petite région enclavée entre la Toscane, le Latium et les Marches, le chef de la Ligue, Matteo Salvini, triomphe de la coalition qui l’a éjecté du gouvernement. Dans ce fief de la gauche depuis soixante-dix ans, sa candidate, l’avocate Donatella Tesei, soutenue par les néofascistes de Frères d’Italie et Forza Italia de Silvio Berlusconi, a obtenu une majorité écrasante de 57,55 %, devançant largement l’alliance – inédite au niveau local – entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles (37,5 %). En Thuringe, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) double quasiment son score de 2014 (23,4 %, + 12,8 points) et devance une CDU en chute libre (21,8 %, – 11,7). Cette forte poussée du parti d’extrême droite a éclipsé dans tous les médias la nette victoire du parti de gauche Die Linke (31 %, + 2,8), qui présidait depuis 2014, avec le SPD (8,2 %, – 4,2) et les Verts (5,2 %, + 0,6) ce länd de l’ex-RDA, exemplaire au moment de l’accueil des réfugiés.

Quels sont donc ces « alliés » du Rassemblement national ? La question n’est que trop rarement posée sur les plateaux des médias où les lepénistes ont leur rond de serviette. C’est fort regrettable.

L’Italien Salvini est connu pour avoir voulu fermer les ports de son pays quand il était ministre de l’Intérieur et laissé les migrants mourir en Méditerranée. Le leader de l’AfD en Thuringe, Björn Höcke, dirige au sein de ce parti xénophobe un courant baptisé « l’aile », accusé de « relativiser le national-socialisme dans sa dimension historique » et pour cela placé sous surveillance par l’Office fédéral de protection de la Constitution. Ancien professeur de lycée, il a qualifié en 2017 le Mémorial de la Shoah à Berlin de « monument de la honte » et considère comme « un grand problème » qu’Hitler soit dépeint comme « l’incarnation du mal absolu ». « Nous avons le droit d’être fiers des performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale », a-t-il également déclaré. Cet « allié », qualifié de « nazi » par le chef de la CDU en Thuringe, n’est pas isolé au sein de son parti. En septembre, les listes de l’AfD qui ont fait des percées dans le Brandebourg et la Saxe étaient conduites par deux de ses proches, un ancien néonazi et un soutien du mouvement islamophobe Pegida. Les alliés que félicite Marine Le Pen jettent une lumière crue sur l’idéologie de son mouvement.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Lafarge : patrons libérés, militants écologistes réprimés
Terrorisme 2 juin 2026

Lafarge : patrons libérés, militants écologistes réprimés

Les premiers ont signé des chèques à hauteur de 5,6 millions d’euros à l’État islamique, contribuant à financer des attentats en Europe. Les seconds, interpellés par une brigade antiterroriste, avaient causé des dégradations dans un site du cimentier.
Par Hugo Boursier
Jeunesse populaire et racisée : le procès permanent
Parti pris 1 juin 2026

Jeunesse populaire et racisée : le procès permanent

À chaque épisode de violences urbaines, le même réflexe : transformer une partie de la jeunesse française en problème collectif. Les commentaires indignés sur les célébrations du PSG dessinent une stigmatisation récurrente des jeunes des quartiers populaires : un racisme qui ne dit pas son nom.
Par Pierre Jacquemain
Syndicats sous pression
Syndicats 25 mai 2026

Syndicats sous pression

De la mise en examen de Sophie Binet après ses prises de position sur les Pfas aux attaques des municipalités du RN contre les syndicats, une même logique est à l’œuvre : affaiblir la démocratie sociale.
Par Pierre Jacquemain
Cinéma : Bolloré réalise une purge
Parti pris 19 mai 2026

Cinéma : Bolloré réalise une purge

Maxime Saada, le patron de Canal+, menace les signataires d’une tribune « Zapper Bolloré » d’être blacklistés, une atteinte grave aux libertés fondamentales. À l’État de prendre ses responsabilités, en faisant passer une grande loi anti-concentration au lieu de préparer le terrain à l’arrivée au pouvoir des néofascistes.
Par Christophe Kantcheff