Vers un Green New Deal européen ?

Les décideurs publics sont-ils prêts à mener des politiques ambitieuses ?

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Le débat fait rage aux États-Unis à propos du Green New Deal, programme écologique défendu par l’aile gauche du Parti démocrate, en particulier par Bernie Sanders, candidat aux primaires pour l’élection présidentielle de novembre 2020. L’expression « New Deal » fait référence à la politique réformatrice menée par le président Roosevelt dans les années 1930 à la suite de la grande crise de 1929. Cette politique comportait trois volets principaux : une mise au pas des grandes banques (Glass-Steagall Act, 1933), qui a imposé la séparation de leurs activités de détail et d’investissement ; un programme d’investissements publics massifs, avec notamment la construction de grands barrages ; une réforme fiscale destinée à réduire les inégalités, qui s’est traduite par une « grande compression » des écarts de revenus.

Le candidat Bernie Sanders fait de la lutte contre le changement climatique une urgence nationale. Il propose un plan massif de dépenses publiques de 16 300 milliards de dollars (environ 14 700 milliards d’euros) pour que les États-Unis, deuxième plus gros producteur de dioxyde de carbone au monde, utilisent d’ici à 2030 une énergie propre à 100 % pour l’activité des industries, de l’énergie et du transport, et deviennent une économie décarbonée dans son intégralité vingt ans plus tard. Les défenseurs de ce plan, telle l’universitaire Stephanie Kelton, proposent qu’il soit en grande partie financé par de la création monétaire alimentée par la banque centrale états-unienne.

L’idée de « Green New Deal » est devenue à la mode en Europe, y compris au plus haut niveau. « Je veux que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l’Europe… Notre engagement vise à devenir le premier continent neutre en carbone », a déclaré Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission européenne. Pour ne pas être en reste, Christine Lagarde a affirmé dès sa nomination que la lutte contre le changement climatique sera une mission « critique » de la Banque centrale européenne, dont elle va assurer la présidence.

Mais les décideurs publics sont-ils prêts à mener des politiques ambitieuses aux échelles nationale et européenne pour que le Green New Deal devienne une réalité ? Si l’on reprend les trois volets du New Deal de Roosevelt, il faudrait commencer par imposer à nouveau la séparation des activités bancaires, ce que la Commission et les gouvernements n’ont pas eu le courage de décider après la crise de 2007. Par ailleurs, des choix budgétaires et fiscaux radicaux sont nécessaires, d’une part, pour financer les investissements publics massifs requis par la transition écologique et, d’autre part, pour redistribuer les revenus et les richesses, car – comme l’a montré le mouvement des gilets jaunes – il sera impossible de réussir la transition sans une réduction drastique des inégalités.

Le caractère improbable de ces mesures, pourtant essentielles pour rompre avec la logique actuelle du système économique à l’origine de la crise écologique et sociale, suggère que le Green New Deal européen risque de rester un slogan trompeur.

Dominique Plihon Conseil scientifique d’Attac


Haut de page

Voir aussi

Articles récents