Police : Ouvrir la « maison »

L’institution traverse aujourd’hui une crise aiguë de légitimité. Pour la résoudre, il est urgent qu’elle s’ouvre à la société.

Nadia Sweeny  • 22 juillet 2020
Partager :
Police : Ouvrir la « maison »
Lors d'une manifestation nocturne de policiers, le 26 juin à Paris.
© Samuel Boivin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

La police est à l’image de la société », ont coutume de dire les policiers. Pourtant, la maison police lui est encore fermée. Cette « société » n’a pas d’espace pour participer à sa mise en œuvre. De plus en plus, elle a la sensation de subir sa police. Comme si celle-ci était indépendante, décidant à la place des citoyens ce qui est bon pour eux. Les politiques et certains hauts fonctionnaires pensent encore que leur rôle est de « gérer les gens », comme un berger mène ses moutons. Qui écoute les moutons ?

Pourtant, c’est lui, « le peuple français », qui accepte la légitimité de la violence confiée en son nom à la police. Le jour où il commence à la récuser, la police devient de fait une sorte de milice au service d’un pouvoir. Or, cette « violence légitime » est essentielle dans une démocratie. Comme le disait Hélène L’Heuillet, dans nos pages la semaine dernière(1), « elle nous protège de la violence illégitime : la violence privée ».

Dans une démocratie, une légitimité, fût-elle celle d’une violence, ne peut se construire derrière les portes closes d’un ministère ou dans le huis clos des commissariats, sans concertation avec les citoyen·nes et la société civile. A fortiori quand elle est tordue pour servir des intérêts politiques ou électoralistes, comme on l’a beaucoup vu depuis l’ère Sarkozy.

Aujourd’hui, cette légitimité traverse une crise aiguë née avant le quinquennat Macron, mais aggravée par lui. Même les policiers et policières en souffrent, et pour une partie de la population, l’uniforme fait peur au lieu de rassurer. Le fossé se creuse, tandis que la société change, et réclame – à juste titre – d’être davantage impliquée dans l’élaboration des politiques publiques.

Plus que jamais, la police a besoin d’une respiration démocratique. Il est temps que la maison s’ouvre. Qu’elle mette sur la table ses prérogatives, ses missions, sa philosophie, afin qu’elles soient rediscutées et décidées au plus près des besoins des citoyen·nes. Une démocratie ne peut être malade de sa police. Il faut sauver notre police.

À lire notre dossier complet dans Politis 1612 : « Où va la police ? »

Et la suite dans Politis 1613-1614-1615 :
« La raison d’être de la police n’est pas enseignée »
Une déficience de la formation bien connue

Quand la maison enquête sur la maison
Témoignages : Ce que serait une « bonne » police

Politiques de sécurité : aux armes, citoyens !
Police et jeunes : l’exemple à suivre

(1) « Où va la police ? », Politis n° 1612, 16 juillet 2020.

Société Police / Justice
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »
Reportage 9 juin 2026 abonné·es

Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »

Le 4 avril, un policier a étranglé Zakariyya lors de son interpellation à son domicile dans une petite ville du Pas-de-Calais. Ses parents, ses frères et ses sœurs ont assisté à la scène, qu’ils ont filmée. Tous sont traumatisés et veulent « être entendus ».
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins
Ludivine Bantigny : « Le Front populaire fut d’abord une politisation collective du corps social »
Entretien 9 juin 2026 abonné·es

Ludivine Bantigny : « Le Front populaire fut d’abord une politisation collective du corps social »

Autrice d’une récente recherche sur le Front populaire, l’historienne revient sur ce moment mythique pour la gauche et toute la population française, synonyme autant de conquêtes sociales majeures que de première expérience gouvernementale dans un contexte international très difficile.
Par Olivier Doubre
Meurtre de Lyhanna : « La police judiciaire n’est pas une priorité en France »
Entretien 8 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Lyhanna : « La police judiciaire n’est pas une priorité en France »

Alors que le meurtre de Lyhanna déchaîne les réactions médiatiques et politiques sur une possible défaillance de la justice, Évelyne Sire-Marin, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme et ancienne juge des enfants, revient sur les mécanismes à l’œuvre dans la protection de l’enfance au niveau judiciaire.
Par William Jean
Lafarge : des militants écolos traités comme des terroristes
Justice 2 juin 2026

Lafarge : des militants écolos traités comme des terroristes

Le 10 décembre 2023, des militants écologistes avaient mené une action sur un site de Lafarge, engendrant une enquête d’ampleur dirigée par l’antiterrorisme. Quatre personnes, condamnées en première instance à de la prison avec sursis, comparaissaient ce 1er juin devant la cour d’appel de Rouen.
Par Vanina Delmas