Loukachenko contre le peuple

Alors que la Biélorussie vit un mouvement populaire exceptionnel, le pays n’est pas encore débarrassée de Loukachenko.

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C’est la question que tout le monde se pose. Tombera Loukachenko, ou tombera pas ? Qualifié souvent de dernier dictateur d’Europe, seul au pouvoir depuis vingt-six ans, le président biélorusse a haussé le ton ces derniers jours contre le fort mouvement d’opposition, qu’il a réduit à des « drogués », des « chômeurs » et des « voyous », donnant d’autant plus volontiers de la schlague à l’encontre des manifestants. Depuis, plusieurs dizaines de militants manquent à l’appel, « disparus », à l’instar du jeune Mikita Kraucou, qui vient d’être retrouvé mort dans une forêt proche de Minsk, le corps couvert de traces de coups. Alors que les témoignages de tortures et d’exactions physiques sur les personnes interpellées se multiplient…

Les Biélorusses sont pourtant descendus massivement dans la rue, souvent en famille, dimanche 23 août, certes un peu moins nombreux que le précédent week-end, à Minsk et dans les principales villes du pays, réclamant de nouveau le départ de « Batka » (« le Père », surnom de Loukachenko) et la tenue de nouvelles élections, non truquées cette fois. Si les forces anti-émeutes ne sont pas intervenues, le dictateur a, lui, tenu meeting à Brodno, ville située à l’ouest du pays, à la frontière de l’Union européenne, qu’il accuse de manipuler les contestataires et de vouloir intégrer le pays à l’Otan pour y placer des missiles en direction du voisin et puissant soutien du régime, la Russie.

Si le régime de Poutine suit de très près la situation, il ne semble pas pour l’heure s’orienter vers une intervention armée, mais envoie des journalistes et des conseillers politiques, notamment pour reprendre la main sur la télévision publique, en remplaçant les journalistes contestataires par ceux de Russia Today. De même, dans les grandes usines du pays (25 % des salariés du pays y travaillent), les ouvriers, jadis soutien du régime, qui s’étaient mis en nombre en grève au début du mouvement, ont été pour beaucoup directement licenciés. Enfin, côté russe, le vraisemblable empoisonnement de l’opposant à Poutine, Alexeï Navalny, pourrait bien être un message envoyé à la population, signifiant qu’à Moscou et ailleurs cela ne se passera pas comme en Biélorussie. À Minsk, tout est désormais possible mais on peut redouter que la répression reprenne de plus belle, si le mouvement, par ailleurs assez divisé en interne sur les suites politiques à lui donner, ne s’essouffle pas. La Biélorussie n’est pas encore débarrassée de Loukachenko.


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