Un Maitron pour la Commune

Alors que se profile le 150e anniversaire de la Commune de Paris, que reste-t-il de l’événement ? Un collectif d’historien·nes, réuni autour de Michel Cordillot, fait le point dans un livre à paraître le 21 janvier*.

Julien Lucchini  • 6 janvier 2021
Partager :
Un Maitron pour la Commune
Exécution de 147 combattants de la Commune au mur des Fédérés, le 28 mai 1871. Dessin à l’encre d’Alfred Henri Darjou (1832-1874).
© Photo Josse / Leemage via AFP

E lle n’est pas morte », « Vive la Commune », « Ça branle dans le manche »… La Commune de Paris s’inscrit, depuis un siècle et demi, dans la mémoire collective et l’imaginaire politique. Chansons, poèmes, slogans de manif : on ne compte plus les références – bien souvent inconscientes – à cet événement. Des références que nous connaissons toutes et tous sans toujours pouvoir les raccrocher à des faits précis. Il en va de même de l’espace public. Des lieux emblématiques, comme le mur des Fédérés ou la colonne Vendôme, aux noms de rues, d’établissements scolaires, voire de stations de métro (Louise-Michel) (1), nous côtoyons la Commune au quotidien sans prendre le temps, pour la plupart d’entre nous, de nous y arrêter…

Pourtant, les travaux universitaires ne manquent pas, depuis des décennies, qui ont cherché à scruter les différentes facettes d’un épisode clé de l’histoire sociale française et dont l’écho a largement dépassé les frontières. Le pionnier en la matière fut sans nul doute Jacques Rougerie, mais les générations qui lui ont succédé ont elles aussi fourni de très nombreuses et riches études.

Ce foisonnement eut pour conséquence d’enrichir considérablement le débat historiographique autour de la Commune mais, dans le même temps, de nombreuses controverses ont entouré sa mémoire : légende noire contre légende dorée (disons rouge en l’occurrence), désaccords sur le nombre de victimes de la Semaine sanglante, interprétations diverses sur les raisons de l’échec final du soulèvement ou sur le rôle des « conciliateurs », longtemps honnis…

Rassembler en un seul et même volume l’état actuel des connaissances, dresser le bilan de ces décennies de recherches et permettre au grand public de se plonger dans l’histoire de la Commune de Paris : tel est l’objectif que Michel Cordillot, l’équipe du Maitron – le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social (2) – et les Éditions de l’Atelier se sont fixé il y a de cela plusieurs années. Et, comme il est de coutume avec le Maitron, il s’agit de le faire en partant de la matière la plus sensible, à hauteur d’hommes et de femmes : la biographie. Mission accomplie avec ce volume de près de 500 itinéraires de vie, auxquels s’ajoutent les 17 500 notices disponibles sur le site maitron.fr.

Un Maitron pour la Commune, donc, mais un Maitron pas tout à fait comme les autres… Dès le départ, en effet, Michel Cordillot a souhaité s’entourer d’un collectif de chercheur·euses parmi les meilleur·es spécialistes de la Commune (dont Nicolas Delalande, Quentin Deluermoz, Laure Godineau ou Maxime Jourdan), afin de donner à cet ouvrage une ambition plus large et d’adjoindre à ces centaines de biographies des notices thématiques permettant la découverte de lieux emblématiques (Belleville, l’Hôtel de Ville, Montmartre, etc.), de questions en débat ou encore de notions et thématiques précises (Garde nationale, chansons, flottille de la Commune, etc.). Ces notices – une centaine au total – rythment l’ouvrage et ses 1 440 pages, enrichies de plus de 600 illustrations, pour beaucoup d’entre elles inédites.

Afin de permettre la (re)découverte de cet épisode clé de notre histoire, le livre dialoguera par ailleurs avec une série de contenus inédits sur le site du Maitron, grâce à l’exploitation numérique des 17 500 biographies mais aussi à une base de données établie des années durant par Louis Bretonnière, décédé en juillet dernier. Ainsi, de nombreuses cartes (domiciles des communard·es, emplacement des barricades, etc.) et infographies prolongeront le livre et seront en accès libre.

Julien Lucchini Responsable éditorial histoire aux Éditions de l’Atelier.

La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, Éditions de l’Atelier.

(1) Manifs et stations. Le métro des militant·e·s, Laurence De Cock, Mathilde Larrère, Éditions de l’Atelier, coll. « Celles et ceux », 2020.

(2) Lire « La gloire des obscurs », Denis Sieffert, Politis, 15 mars 2017.

Idées
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »
Entretien 17 septembre 2026 abonné·es

« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »

Dans La Sommation technologique, l’essayiste et sociologue Irénée Régnauld analyse le terreau « technofasciste » en France et invite la gauche à s’emparer du « paradoxe numérique ».
Par Thomas Lefèvre
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi
Faut-il abolir la minorité d’âge ?
Idées 10 septembre 2026 abonné·es

Faut-il abolir la minorité d’âge ?

Alors que le nombre des violences infligées aux enfants demeure dramatiquement élevé, il semble pertinent de revoir le statut juridique des moins de 18 ans et de donner davantage de pouvoir aux plus jeunes. La notion d’enfantisme nourrit le débat.
Par Elsa Gambin
« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »
Entretien 9 septembre 2026 abonné·es

« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »

Le RN a réinjecté dans le débat public sa proposition visant à « sanctionner » le port du voile. S’est ensuivi un débat sur l’inconstitutionnalité de cette mesure, quitte à en éluder le caractère raciste. Mais peut-on compter sur nos institutions pour garantir droits et libertés ? L’analyse de Stéphanie Hennette Vauchez, professeure de droit public.
Par Pauline Migevant