1er vendémiaire, an 230

Le 22 septembre, nous fêtions l’anniversaire de l’avènement de la République et de son célèbre calendrier révolutionnaire. Une réécriture du temps qui visait à rompre avec celui des Églises et des rois.

Mathilde Larrère  • 29 septembre 2021
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1er vendémiaire, an 230
© Photo Josse / Leemage via AFP

J’avoue avoir mis un point d’honneur à rédiger cette chronique le 22 septembre 2021, pour fêter la naissance de notre première République. Car avant d’être un régime, une constitution, la République a été une date.

En effet, c’est à partir du 22 septembre 1792 que les actes officiels sont datés de l’an I de la République, et ce alors que celle-ci n’a pas été officiellement proclamée.

Le 10 août 1792, les Tuileries sont prises. Le roi est emprisonné, la guerre fait rage aux frontières. Une constituante, la Convention, est élue en septembre au suffrage quasi universel (il excluait encore et toujours les femmes, mais également les « indigents », c’est-à-dire les plus pauvres). La république est alors une idée nouvelle qui a fait son chemin depuis la fuite du roi en juin 1791. Elle est portée par les jacobins, qui l’emportent dans les urnes. Le 20 septembre 1792, la Révolution connaît à Valmy sa première victoire militaire. Dans l’enthousiasme, alors que sonnent les cloches et retentissent les chants révolutionnaires, la Convention décrète à sa première réunion, le 21 septembre 1792, non pas la proclamation de la République, mais l’« abolition de la royauté ». Le vote a lieu à l’unanimité, sans discussion, celle-ci ayant été écartée après l’intervention de l’abbé Grégoire : « Qu’est-il besoin de discuter quand tout le monde est d’accord ? Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique. »

La décision symbolique de dater de l’an I de la République les documents postérieurs au 21 septembre signe la double volonté de marquer la rupture avec le calendrier chrétien, mais aussi avec les débuts de la Révolution, où déjà l’on apposait les dates an I, II puis III de la Liberté. D’une certaine façon, la nouvelle et inédite république remet les compteurs à zéro. Cette décision symbolique se concrétise par l’adoption en octobre 1793 (14 vendémiaire an II) d’un calendrier républicain aux nomenclatures rurales, qui, pour être présentes dans l’imaginaire collectif, n’en restent pas moins floues pour beaucoup. Il faut reconnaître que changer d’année en plein septembre n’aide pas à s’y retrouver quand on veut convertir une date du calendrier républicain !

La presse, toute une histoire

« Une histoire de la presse par ses rubriques », c’est ainsi que se présente cet ouvrage tout à fait original qui, de l’horoscope au « feuilleton », nous fait cheminer dans deux siècles de petites et grandes histoires du XIXe siècle à aujourd’hui. Chroniques scientifiques, judiciaires, boursières… Les journaux inventent leur propre récit du monde comme dans cette publicité de L’Auto, journal sportif, pour le « Sen-Sen chewing-gum », qui représente un boxeur noir, hilare, requinqué par son chewing-gum, en 1909, une image typique de l’imaginaire colonial raciste que l’on connaissait déjà avec les publicités Banania. Ce chapitre-là est écrit par Dominique Kalifa, décédé il y a un an, auquel est dédicacé le livre.

M. L. et L. D. C.

Le Monde à la une, Marie-Ève Thérenty et Sylvain Venayre (dir), Anamosa. 368 p., 25 euros.

Il s’agit, pour les députés de la Convention, de rompre avec un temps présenté comme celui des Églises et des rois, et de créer un temps révolutionnaire, rationnel, sécularisé et en accord avec la nature. Romme, chargée par l’Assemblée de réécrire le temps, ne manquait pas de souligner que le début de l’an I coïncidait avec l’équinoxe d’automne : « Le soleil a passé d’un hémisphère à l’autre le jour où le peuple a passé du gouvernement monarchique au gouvernement républicain. » Le système décimal est ensuite appliqué : si l’on garde douze mois, ils sont tous égaux en jours (trente), divisés en trois décades. La commission va même jusqu’à remplacer les vingt-quatre heures du jour par dix dixièmes, poussant les horlogers à des trésors d’invention.

Restait à renommer les jours et les mois. Contre Romme, qui voulait donner aux mois des noms d’événements ou de valeurs révolutionnaires (Bastille, Jeu de Paume, Liberté, Égalité…), le poète Fabre d’Églantine impose les néologismes poétiques finalement retenus. Certains évoquent les travaux des champs (vendémiaire, donc, mais aussi messidor pour les moissons), d’autres le climat (brumaire, ventôse), d’autres, enfin, le cycle de la nature (germinal, fructidor). Les seules appellations politiquement connotées restent les « sans-culottides », ces cinq ou six journées ajoutées pour retrouver le compte de jours annuels. Mais c’est aussi au prix d’une augmentation du temps de travail, car le repos n’est plus tous les sept jours (le dimanche chrétien), mais tous les dix jours (le décadi), cependant que de nombreuses fêtes religieuses chômées sont supprimées.

Né de la radicalisation révolutionnaire en 1792, le calendrier républicain, qui n’est officiellement supprimé qu’en 1806, a duré douze ans, deux mois et vingt-sept jours.

Sous la Commune de Paris, quelques journaux choisiront de dater leurs éditions de l’an 79 de la République, renouant avec la nomenclature révolutionnaire. L’usage perdure ensuite tel un clin d’œil républicain, comme sur certains baptêmes en mairie. Bon 1er vendémiaire an 230 donc à toutes et à tous.

Par Mathilde Larrère Enseignante-chercheuse à l’université Gustave-Eiffel. Autrice de _Lieux et symboles de la République__, _La Documentation française, 2019.

Compenser l’hégémonie pesante d’une histoire « roman national » dans l’espace public, y compris médiatique ? On s’y emploie ici.

Temps de lecture : 4 minutes
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