L’imposture sociale de Marine Le Pen

Le pouvoir d’achat est au cœur de la campagne de la candidate du Rassemblement national. Elle affirme défendre un programme en direction du peuple, alors même qu’elle reste fidèle à l’idéologie libérale.

Lucas Sarafian  • 29 mars 2022 abonné·es
L’imposture sociale de Marine Le Pen
© Les Films de Pierre

Dans cette nouvelle phase de sa banalisation, Marine Le Pen n’a plus qu’un mot à la bouche : le pouvoir d’achat. « Je vais tout faire pour rendre encore une fois du pouvoir d’achat à l’ensemble des Français. » « Je rendrai entre 150 et 200 euros par mois et par ménage. » « Je veux rendre leur argent aux Français. »

La candidate du Rassemblement national ne parle quasi exclusivement, du moins en apparence, que de cela. Faisant presque passer au second plan les vieilles antiennes de son parti sur la priorité (ou préférence) nationale, l’identité française, l’immigration incontrôlée et le « dépeuplement » ou la fin du droit du sol. La petite musique historique de l’extrême droite aurait-elle changé ? Le choix, dès l’automne, d’axer sa campagne sur le pouvoir d’achat s’est en tout cas révélé efficace. La fille de Jean-Marie Le Pen, un temps menacée par Éric Zemmour, le devance largement dans les sondages, qui la qualifient pour le second tour face à Emmanuel Macron.

Suppression de la redevance audiovisuelle, baisse de la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %, suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans… Ce sont là quelques-unes des propositions qu’égrène Marine Le Pen pour enfiler le costume de « candidate du peuple ». Mais sa mesure phare, martelée dans diverses déclinaisons au gré de ses interventions médiatiques, consiste à « permettre aux entreprises d’augmenter les salaires de 10 % en les exonérant de cotisations patronales (pour les salaires allant jusqu’à 3 fois le Smic) », selon la formulation écrite noir sur blanc dans ses « 22 mesures pour 2022 ».

Haro sur les « charges »

« C’est de la poudre aux yeux, réagit un économiste qui tient à conserver l’anonymat (1), membre du collectif de chercheurs “hétérodoxes” des Économistes atterrés. Il n’y a aucune forme de contrepartie. Cette proposition n’a rien de contraignant pour les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Politique
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte
Analyse 16 juillet 2026 abonné·es

Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte

Insoumis, socialistes, communistes et écologistes considèrent que l’officialisation de la candidature de Marine Le Pen au détriment de Jordan Bardella ne change pas la donne. Les stratèges s’apprêtent néanmoins à l’affronter sur le terrain de la probité. Mais pas seulement.
Par Lucas Sarafian
« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »
Entretien 13 juillet 2026 abonné·es

« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »

Marine Le Pen sera bien candidate à l’élection présidentielle de 2027. Et ce malgré sa condamnation en appel, le 7 juillet, pour détournement de fonds publics. Le politologue américain Steven Levitsky analyse son attitude face à la justice en la comparant avec celle d’autres populistes frappés par des affaires judiciaires dans le monde.
Par Juliette Heinzlef
Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos
Récit 10 juillet 2026 abonné·es

Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos

Les militants socialistes décident d’embarquer leur parti dans une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place publique. Selon ses détracteurs, le processus est taillé pour Raphaël Glucksmann. Olivier Faure est mis en minorité dans son propre parti.
Par Lucas Sarafian
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet