Purges et discrimination : le projet de Marine Le Pen

Les deux premières mesures que Marine Le Pen entend prendre à son arrivée au pouvoir présagent un renversement total du régime français.

Nadia Sweeny  • 18 avril 2022
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Purges et discrimination : le projet de Marine Le Pen
© Le projet de Marine Le Pen implique notamment un contrôle de l'enseignement, et un nettoyage des bibliothèques pour "combattre les idéologies islamistes". Denis Meyer / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Approuvez-vous le projet de loi “citoyenneté, identité et immigration” qui présentera un plan complet de maîtrise de l’immigration ? » Voici la question que souhaite soumettre à référendum Marine Le Pen dès son arrivée au pouvoir. En inscrivant la priorité nationale dans la Constitution, ce texte viole non seulement les conventions européennes mais rompt totalement avec tous les principes de la République française : ceux de l’égalité, de notre justice et de la Déclaration des droits de l’homme. Cela « équivaut ni plus ni moins à la sortie du cadre constitutionnel dans lequel la France vit depuis la Révolution française », estime Dominique Rousseau. Ce professeur de droit constitutionnel le qualifie même de « coup d’État contre l’État de droit ». Marine Le Pen compte instituer une discrimination entre « nationaux » et étrangers en matière d’emploi, d’accès au logement et d’aides sociales. Une discrimination aujourd’hui considérée comme un délit et passible d’une peine de trois ans de prison. Une discrimination qui touchera aussi les binationaux. Du jamais vu depuis le régime de Vichy.

Le second dessein prioritaire de Marine Le Pen réside dans son projet de loi « visant à combattre les idéologies islamistes ». Un projet effrayant tant la définition desdites idéologies est floue et les mesures appliquées violentes. Ces idéologies sont caractérisées dans le texte par « les facteurs de scission majeurs qu’elles induisent ou les menaces graves qu’elles portent pour l’unité de la Nation, […] comme pour l’intégrité de son territoire », ou encore « le soutien, la minoration ou la banalisation qu’elles expriment à l’égard […] des crimes ou délits commis contre les intérêts de la France ». Quid des études sur le colonialisme, des mouvements antiracistes et anticoloniaux ?

Or, toute personne accusée de diffuser les idéologies ainsi définies sera suspendue ou révoquée de la fonction publique. Et aura interdiction de se présenter aux élections professionnelles. Les fonds des bibliothèques seront visités et il sera procédé « au retrait sans délai des ouvrages et supports concernés ». Les œuvres cinématographiques accusées de diffuser ou de témoigner « d’une quelconque complaisance » avec ces idéologies n’obtiendront pas de visa d’exploitation.

« Les autorités compétentes » procéderont « sans délai à l’effacement […], à la destruction des enseignes, pré-enseignes, inscriptions, dessins, œuvres ou ouvrages concernés. » L’enseignement dispensé dans les établissements scolaires concourra « par tous moyens à faire naître, développer et affermir les sentiments patriotiques et la conscience de l’unité nationale » peut-on lire. L’État procédera « au contrôle de la conformité des matériels pédagogiques ». Outre la restriction de « l’aspect extérieur des bâtiments voués à l’exercice du culte », dont les « éléments ostentatoires » seront soumis à l’autorisation de l’État, l’interdiction du voile s’étendra à l’ensemble de l’espace public. Marine Le Pen définissant le voile comme un prosélytisme islamiste. Enfin, nul ne pourra entrer en France ou y séjourner « s’il est ressortissant d’un État dont les dirigeants appellent à la haine, la violence ou la discrimination contre les Français, ou font peser une menace sur les intérêts fondamentaux de la France », sauf s’il prouve « sans équivoque qu’il n’était pas solidaire de tels dirigeants ». Bienvenue dans la France de Marine Le Pen.

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