Soirée télé électorale : arrêter le massacre

Entre exercices attendus et vrai suspense, journalistes et chroniqueurs ont dû dérouler tout leur savoir-faire pour maintenir les téléspectateurs en haleine.

Christophe Kantcheff  • 11 avril 2022
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Soirée télé électorale : arrêter le massacre
© DR

Sur le service public, on était bien parti pour une soirée plan-plan. De bonne guerre, le suspense d’avant 20 heures était surjoué. Exemple sur France 2 : « On ne respire plus ! », lance Anne-Sophie Lapix à 19 h 57. « Je ne vous entends pas ! », lui répond Nathalie Saint-Cricq, dont l’oreillette n’était pas encore branchée. Puis les premières estimations de l’institut Ipsos arrivent. Macron et Le Pen au deuxième tour : sur les plateaux télé, c’est désormais un classique.

France Info tv ressasse les résultats tandis que sur France 2 on présente un premier cercle d’invités politiques. Mais le fil est décousu. « Priorité au direct » ! On avance au rythme des déclarations des candidats. Anne Hidalgo est la première à intervenir, histoire d’arrêter le massacre au plus vite (elle a raison : les estimations ne la donnent pas encore à moins de 2 %). Puis ce sera le tour de Roussel, Pécresse et Jadot. Entre-temps, France 2 a interrogé une militante de Zemmour, naphtalisée comme son carré Hermès, tandis que sur France Info un commentateur annonce, en faveur de Jean Lassalle qui totalise 3,1 %, un « vote de plaisir » (sic).

Au QG de Jadot, le journaliste explique qu’« ici, on fait grise mine », tandis qu’au gré d’un plan panoramique, la caméra capte malencontreusement Marine Tondelier et Éric Piolle en train de se marrer.

Après le discours de Jean-Luc Mélenchon, on salue sur France Info sa clarté vis-à-vis de Le Pen pour le second tour, quand quelques minutes plus tard, Manuel Bompard refusera de dire s’il votera blanc ou Macron.

France 2 coupe la chique à Zemmour pour donner la parole à… l’un de ses porte-flingue, Guillaume Peltier. Comprenne qui pourra. Puis Sandrine Rousseau rabat le caquet de Rachida Dati, venue donner des leçons d’antifascisme.

On pense alors qu’on en arrive au climax de la soirée : Macron dans sa berline fonce à toute allure vers la porte de Versailles au mépris du code de la route, entraînant dans son sillage Jeff Wittemberg, de France 2, au plus près de l’événement. Le président-candidat s’exprime enfin. Il est 21 h 45.

Reste à (bien) dérouler les affaires courantes. Sur France 2, un producteur de prunes en direct de Moissac (Tarn-et-Garonne) précède Robert Ménard, faiseur de salades avariées. La chaîne a prévu des « face-à-face ». On s’attend à des duels meurtriers. Que nenni ! Il s’agit de mettre un homme ou une femme politique face au terrible Laurent Delahousse ! Plus la soirée s’enfonce dans la nuit, plus on assiste à un retour de morts-vivants : Manuel Valls, Jean-François Kahn, Frantz-Olivier Giesbert, ou leur fantôme, font leur apparition.

Coup de théâtre ! Une nouvelle estimation donne Le Pen à 23 % et Mélenchon à 22,2. 0,80 % d’écart : enfin du vrai suspense ! Une bénédiction pour Anne-Sophie Lapix (impeccable tout au long de la soirée) et ses petits camarades qui répètent à l’envi que rien n’est encore joué. Le patron d’Ipsos, Brice Teinturier, préfère, quant à lui, stopper là sa roue de la fortune : c’était son ultime estimation avant extinction des feux. Delahousse se tourne alors vers les résultats réels des bureaux de vote : « Les villes sont en train de tomber les unes après les autres ! », déclare-t-il, sans doute à bout de fatigue. Il est temps d’aller se coucher. Taratata, l’émission « 100 % live » prend la suite : le seul pourcentage dont on est sûr qu’il ne bougera pas…

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