Au Liban, ouvrir une brèche par les urnes

Les électeurs devraient sanctionner, dimanche, leur classe politique et tenter de faire entrer de nouvelles têtes au Parlement. Mais la vieille garde met tout en œuvre pour garder le pouvoir.

Laurent Perpigna Iban  • 11 mai 2022 abonné·es
Au Liban, ouvrir une brèche par les urnes
Un jeune garçon devant une station-service pulvérisée par l’explosion du port. En fond, une affiche des Kataëbs, un des partis chrétiens.
© Laurent Perpigna Iban

Difficile de passer à côté, tant la frénésie électorale a envahi de manière visible l’espace public. Partout dans le pays, les axes routiers sont tapissés d’affiches sur lesquelles figurent les visages de quelques-uns des 1 043 candidats qui se présentent aux législatives, ce 15 mai. Un scrutin à fort enjeu, puisque les Libanais éliront leurs 128 députés pour une durée de quatre ans.

Très coûteuse, cette pollution visuelle porte en elle un symbole suscitant un profond malaise : dans un pays où les réserves personnelles des épargnants ont été dilapidées par l’État et où une partie non négligeable de la population peine à se nourrir, les millions de dollars déboursés cette année encore par les grandes familles politiques en communication ou en services clientélistes sont à eux seuls un marqueur de l’immoralité qui règne au Liban. « C’est dégueulasse. C’est notre argent qui nous est craché à la figure par nos voleurs », commente Zeinab, une Beyrouthine de 24 ans.

Loin d’être anecdotique, ce matraquage peut aussi parfois conduire au pire : ce fut le cas le 24 avril dans le nord du pays, à Tripoli, où un homme a été abattu d’une balle dans la tête en pleine rue, après une dispute devant les portraits de candidats. Car si, au Liban, les affaires politiques – et donc confessionnelles – sont sensibles, ces élections – les premières depuis le soulèvement de 2019, l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et la crise économique – se déroulent sur des charbons ardents.

Un pays toujours à terre

Un puits sans fond. Voilà à quoi ressemble le quotidien des Libanais depuis plusieurs années maintenant. Et si, à la faveur d’une actualité mondiale riche en drames, les nouvelles du Liban se font de plus en plus rares, rien ne va mieux. Les derniers résultats d’études sont vertigineux : en début d’année, l’inflation

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

Colombie : « Nous craignons une intervention directe des États-Unis lors des prochaines élections »
Entretien 12 janvier 2026

Colombie : « Nous craignons une intervention directe des États-Unis lors des prochaines élections »

Dans une interview exclusive, María José Pizarro, sénatrice colombienne, figure importante de la gauche de ce pays, analyse les menaces qui pèsent sur le pays venant des États-Unis.
Par Pablo Castaño
États-Unis : face aux menaces impérialistes de Trump, une difficile opposition politique
Décryptage 12 janvier 2026 abonné·es

États-Unis : face aux menaces impérialistes de Trump, une difficile opposition politique

Face aux ambitions militaires sans contrôle de Donald Trump, les élus démocrates et une poignée de Républicains au Congrès cherchent à rétablir des garde-fous, alors que le président brandit la menace d’autres projets expansionnistes, comme au Groenland.
Par Edward Maille
Un #MeToo politique déferle en Espagne, pays pionnier de la lutte contre les violences sexuelles
Monde 9 janvier 2026 abonné·es

Un #MeToo politique déferle en Espagne, pays pionnier de la lutte contre les violences sexuelles

Une vague de dénonciations de harcèlement sexuel visant des politiques continue de déferler en Espagne, pays pourtant cité comme exemple dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Signe qu’il reste encore du travail à faire ?
Par Romain Chauvet
Iran : du bazar de Téhéran aux provinces, une colère populaire sous haute surveillance
Analyse 8 janvier 2026

Iran : du bazar de Téhéran aux provinces, une colère populaire sous haute surveillance

Partie du cœur économique du pays, la contestation iranienne s’étend aux provinces, sur fond d’effondrement économique et de répression. Entre stratégies de division du pouvoir et débats sur l’issue politique du mouvement, les lectures des spécialistes restent contrastées sur un soulèvement à l’avenir incertain.
Par William Jean